Il ne restera que la trace. Le reste aura disparu, tout le reste, sans exception, même ce qui a pu servir de corps. Combien de temps faudra-t-il pour déconstruire l’être qui fait office de moi? Celui qui a pris ma place, qui a endossé le rôle de ce que je devais être, sans rien me demander. Ce n’est pas déconstruire, non. C’est détruire. Ce sera plus sûr, peut-être pas plus efficace. La moindre des choses est de le faire, sans broncher, sans peur, avec le courage de celle qui va enfanter. Conserver en soi le mélange de douleur et de joie. Pourquoi pas crier s’il le faut. On parle de renaissance, c’est à dire, naître soi-même, se donner naissance. Une seconde fois. Que s’est-il donc passer avant de renaître? On veut se reconstruire, c’est faux. On ne désire pas ça. On ne souhaite pas réutiliser des matériaux déjà utilisés. On veut créer, se créer. Cela devrait pouvoir se faire tout seul, comme le flux d’une énergie enfouie. Trouver la source. Extraire ce qui ne fonctionne plus. Ranger et nettoyer les surplus inutiles et les croyances douteuses. Oublier, laver à grande eau et faire sécher. L’expérience est hasardeuse et les risques non mesurables, faut-il le faire seul ou accompagné, qui pourrait aider à réaliser ce que l’on redoute le plus. Ce n’est pas mourrir et renaître, c’est continuer à naître, continuer à n’être que ce que l’on devrait être. Chercher loin, profondément, pas dans le passé, dans le présent, là où se situe vraiment le noyau, l’onde, l’énergie. Quand tout le reste aura disparu, que restera-t-il vraiment. La trace de cette énergie, aussi forte et minuscule soit-elle. Les sexes tombent, il ne reste plus que la trace. Ta trace à toi, ma trace à moi.
ni queue ni tête (16)
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