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A propos Xavier

Dreamer

autrui

(Un grand merci à Claudine Mangen-Sales , peintre)

Qui est autrui?
La question m’est apparue comme une évidence. Un postulat dont je ne pouvais pas douter. L’important n’est donc pas de parvenir à savoir qui suis-je mais bien de découvrir qui est l’autre? Qui est autrui? Cet être étrange qui n’est pas moi. Sans l’autre l’un n’est rien puisqu’il ne voit que lui. Voir n’est pas le mot, sentir est plus approprié. Nous distinguons ses formes, mais elles n’ont aucune importance. Voir l’autre c’est être aussi l’autre, accepter l’autre comme partie indissociable de soi. Il n’existe alors plus de différence entre autrui & autrui. Le mystère réside uniquement dans la vision réaliste de l’autre, non comme une définition, une image, une représentation. Extraire les barrières physiques et illusoires de l’autre comme un élément extérieur à soi. Ne pas chercher les différences mais se confondre dans les similitudes, quasi cosmiques, et se laisser porter dans ce souffle de poussières d’étoiles.
Ne pas reconnaître autrui est se perdre inexorablement soi-même. S’enchevêtrer dans un ego qui dessine un enclos rassurant qui terrifie. On peut alors comprendre que la peur de l’autre n’est qu’un leurre, une fuite de soi.

note

La rêverie serait-elle une folie gourmande? Ce désir incontrôlable de glisser sur les humeurs du monde par la pensée vagabonde et flottante. L’esprit qui divague sur d’autres grèves, pourtant visibles à oeil clôt, ne cesse de me faire trébucher sur mes propres pas et propos. À chaque échappée, je perds un peu plus pied. Mais, au loin, lorsque tous les repères s’effacent, le feu semble s’intensifier. L’air circule, la vie est là. Je la sens me ceindre, même hors du cadre que forme ma gangue corporelle. À l’intérieur, à l’extérieur? La raison s’effiloche et le plaisir s’accentue. Est-il insensé alors de perdre la raison lorsqu’elle se dresse comme un obstacle? Est-il rationnel de donner un sens à une rêverie immodérable? Je ne peux me résoudre à imaginer que ma raison tente de manipuler la rêverie. La logique voudrait que l’une ne puisse exister sans l’autre, et ce, sans ordre de préférence. Mais alors, où suis-je donc? Sans doute pas là où je me situe. Mais ce n’est pas rationnel. Peu importe, s’il n’est pas raisonnable d’avoir raison, rêvons encore.

note

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De tout petit matin, s’asseoir sur banc, dans un tout petit parc public. Loin de chez soi, un peu perdu.
Pas encore d’enfants à jouer et à rire, le kiosque s’anime, petit à petit.
Aucune envie de connaître les nouvelles. Je ne pourrais rien y changer, avec toute la bonne volonté du monde.
Seulement ne rien faire, immobile comme ce pigeon attentif à l’activité de son parc.
Juste le temps de fuir le mouvement perpétuel et bruyant.
Se vider l’esprit quelques secondes, prendre le temps de se dire bonjour.
Alors, bonjour.

les mains

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Les mains sont les yeux du cœur. Seules les mains, inconscientes mais consciencieuses, sont entrainées à effleurer et mémoriser les traits d’un visage, les intrigues vallonnées d’un corps, les gourmandises fugaces d’une peau, le galbe sourdi d’un individu.
Les mains, la plus sinueuse accentuation du regard.
Seules, les mains parviennent à écrire et dessiner ce qu’elles ont humé et soupçonné.
La main l’oeil aux multiples regards.

note

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Je ne cesse de me poser des questions. Trop de questions. Beaucoup trop de questions. J’ai besoin de signes. De petits signes qui me permettent d’avancer.
Mes questions m’éloignent des autres, m’éloignent de moi. De la vie et de l’instant.
Besoin d’un panneau bleu, qui me dise, qui te dise, qui vous dise… Zone sans danger, tu peux avancer.
Tu es prioritaire. Mais prends garde à bien regarder à gauche puis à droite.
Ne reste pas bloqué là à me regarder fixement. Ne doute pas, avance.
C’est dessiné à dessein.
File sur le fil.
Peut-être tomberas-tu? Ne t’inquiète pas.
Je ne sais plus lire!
Aveuglé par les larmes du vent.
Je veux juste attendre un peu avant de traverser.
Peur d’être renversé.
Prémonition.
Et où serai-je quand j’aurais avancé?
Ailleurs ou un pas plus loin seulement.
Je ne sais pas.
Je ne cesse de me poser des questions. Trop de questions. Beaucoup trop de questions.
Je n’arrive pas à trouver les journées belles.
Dessinez-moi un panneau qui me guide.
Seul, je ne sais pas avancer.

voyage en écriture

Il existe de belles aventures entre individus qui se rejoignent et donnent naissance à des voyages en écriture… Dérobé sur Liminaire de Pierre Ménard: L’Atelier d’écriture dans le RER C avec François Bon Samedi 2 avril 2011.

« Alors on regarde, mais rien de précis. On est en soi-même, immobile, on cueille les pensées qui viennent, parce qu’on les laisse venir. » – François Bon / Paysage Fer | le livre, le film

À cette expérience du texte, de la voix, de la vidéo, il ne faut pas oublier de faire défiler les photos de louise imagine.

Je trouve ce voyage magique, alors je l’ai déposé ici. Jolie promenade.

Suite: « ce qui s’est réellement passé dans le RER C » sur le tiers-livre.

note

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Vision mélancolique.
Ne saisit-on certains mystères seulement lorsque l’on est anéanti d’avoir été oublié?

no ego

J’ai un doute entre ces deux hypothèses…

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no ego

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Parvenir à éteindre le flux de ses pensées. Même un seul instant. Vivre seulement la conscience d’être. Se fondre dans l’ensemble. Vivre son évaporation diffuse.

étoile de jour

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Vision mélancolique. Être au milieu de tout, de tous, de rien et de personne. À la fois. Entre deux eaux, entre deux ciels. Sans départ ni arrivée. Vivre ou rêver en suspension. Une trace qui passe et s’efface. L’éternel doute d’une existence.

ciel du jour

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« Le ciel se fiche bien de mes états d’âme. Il a raison. Il est. »

note

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note

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[la] #10

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Je suis revenu là. Là où, presque jour pour jour, il y a un an, je m’étais arrêté. Là où j’avais passé le rideau rouge de la porte d’entrée. Cet endroit n’a rien perdu de sa magie, mais ce n’est sans doute pas certain. Ces petits fauteuils de cuir rouge, un peu usés sur les coutures, se font toujours face, par deux. Il est difficile de les glisser sur le parquet rayé par nos semelles. Je crois qu’ils se sont alourdis avec le temps, absorbant la mémoire et les discussions de ceux et celles qu’ils accueillent, très confortablement. L’énorme lustre sans véritable style défini règne toujours au-dessus des têtes. Les baies ont été repoussées pour laisser entrer les rayons du soleil et la fumée des quelques fidèles qui se pavoisent sur la terrasse minuscule. Une file de chaises tressées, de couleur crème et un ourlet rouge. Le rouge. Omniprésent. Les conversations vont bon train. Je ne les écoute pas, je les perçois seulement. Je ne veux pas les entendre, mon esprit est ailleurs. Je crois qu’il plane au-dessus des journées qui se sont écoulées depuis la première fois où j’ai pénétré ce lieu. Mélancolique, nostalgique mais surtout passif. Je laisse juste passer devant mes yeux les images, les mots, la vie. Je ne peux m’empêcher d’observer tous les détails que je n’avais pas vus la première fois. Je ne veux pas que ce lieu me quitte, jamais. Je ne souhaite pas vivre dans le souvenir, non. Mais je m’élève contre l’oubli. Tant d’événements, heureux ou malheureux, parfois les deux simultanément, se présentent à vous puis disparaissent, laissant leur longue traine de souvenirs imprécis derrière eux. Vous ne pouvez que les laisser filer parce que vos mains sont sèches et engourdies. Je ne me souviens pas si les serveurs étaient les mêmes, si la carte a été modifiée. Je ne vois que des ombres ouvrir de leurs mains l’épais rideau rouge de velours. Je me situe réellement entre les deux dates. Mais le réel existe-t-il? Je crois que non. Il ne peut exister. Je n’avais pas remarqué le semblant de bibliothèque sur le mur du fond, ni les différents niveaux où siègent les tables. Je n’avais qu’une vision très floue de l’endroit. Mon esprit n’était pas concentré sur le lieu. Cela j’en suis certain. Seulement maintenant je peux comprendre, assimiler que ce lieu fait partie de moi. Un des endroits les plus doux que je ne veux quitter. Le lieu se remplit, on semble y venir pour déjeuner. Mais je continue de n’y voir personne depuis le nuage où j’ai établi ma résidence. Personne ne m’attend, les secondes peuvent passer, rien ni personne ne semble vouloir rompre ce moment délicat. Je prends le plus de temps possible, je lutte pour qu’il s’éternise. Je ne reviendrais pas de si tôt m’asseoir sur les fauteuils rouges. Je sens poindre l’énervement du serveur qui s’occupe de moi. Il aimerait que je disparaisse, que je lui libère la table mais il n’en sera rien. Je resterai là, aussi longtemps qu’il le faudra. Je me résigne à croire que ma place est là et pas ailleurs. Et puis peu importe, c’est ici que je voulais être. C’est ici que je suis. Maintenant c’est une évidence, l’endroit sera toujours là mais la mémoire disparaîtra. Il n’y aura bientôt plus de tables libres. Je n’ai plus la force de dévisager les nouveaux-venus. Je ne regarde plus que les ombres qui défilent encore dans ce lieu.
Je dois rester encore quelques minutes, même si elles sont inutiles. Ces instants me tranquillisent.
Mais je sais qu’il faudra se lever, écarter l’épais rideau rouge puis marcher.
Vers où? Ce n’est pas le moment d’y penser. Là et maintenant, je suis ici.