On doit apprendre de ses erreurs. On se le dit, on nous le dit. On ne devrait pas répéter des décisions, des actions qui ne conduisent nulle part. Et pourtant, il arrive que l’on recommence, une fois, puis encore une fois, sans raison apparente. On ne sait pas pourquoi, et on ne s’intéresse pas à le savoir. On se rassure en ne choisissant pas l’inconnu. Par manque de confiance, par manque de courage, par ignorance, parce que quelque chose qui nous dépasse nous entraîne à le faire. Mais qui nous entraîne à agir ainsi ? Personne. C’est une question de temps, de prise de conscience. Un temps d’apprentissage pour aller au-delà du réel, au delà du constat, au delà du mur. Aller chercher trop loin les raisons fait peur. La solution serait-elle inextricable ? Y-a-t-il un endroit que l’on ne veut pas atteindre, très enfoui en soi? Le travail, la vie, rien n’y change. On s’habitue à agir sans oser déranger, sans oser s’affronter. C’est plus simple, mais totalement inefficace. Le résultat est clair, cela ne fait qu’empirer mais pas suffisamment pour que l’on s’arrête. Non, on recommence, on répète, on déguise l’histoire. On s’écarte du chemin qui est en soi, et on a de plus en plus de difficultés à le retrouver. Il est enfoui, très profondément. Il sait nous rappeler à l’ordre, régulièrement. Mais il ne donne jamais la clé. C’est une énigme plus vaste que soi. Prendre du recul est une étape, l’accepter en est une autre. C’est un début, une piste. Tout reste à faire. Le plus dur. C’est contraignant d’éviter de s’affronter à soi. Une plaie béante qui s’ouvre toujours un peu plus. Un mystère qui marche à côté de soi. C’est un mystère qui a un sens. Rien n’est là par hasard. C’est là. L’énigme a ses ressources. Elles sont profondes et s’alimentent elles-mêmes. On ne fuit pas, on n’accepte pas d’ouvrir les yeux. Ce n’est ni réel, ni irréel, c’est simplement là. En soi. Être là, à l’intérieur et à l’extérieur de soi, au même moment et ouvrir les yeux et écouter. Être là.
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ni queue ni tête (17)
Faire attention. Fuir le faux simple, le faux ordinaire. Fuir ce qui enferme quelque part, là où on ne peut ni s’échapper ni juger si cela convient. L’esthétique et le beau se reconnaissent, se sentent intimement, sans aucune règle comme l’élégance naturelle, pas l’autre, celle qui convient. Pas de diktat, aucun. S’il n’y a pas d’imperfections, si tout est parfait, alors il faut fuir, encore une fois, ne pas rester, ne pas s’attarder. Ce n’est pas vrai, c’est un montage quasi parfait, mais la vie n’habite pas le lieu. Rien ne se voit, ni magie ni divin. La conscience n’est pas présente, peut-être quelques traces apparaîtront. Apprendre à aimer les mêmes choses n’est pas aimer le beau. L’esthétique a ses règles, certes. La conscience du beau aussi. Parfois elles s’attirent mais parfois elles se repoussent. Encore une fois, ne pas se laisser faire, prendre le temps et le recul d’être sûr de soi, de son impression. Écouter ce qui afflue en soi, sans crainte. Fuir les clichés, ne pas appartenir à, seulement être là.
ni queue ni tête (16)
Il ne restera que la trace. Le reste aura disparu, tout le reste, sans exception, même ce qui a pu servir de corps. Combien de temps faudra-t-il pour déconstruire l’être qui fait office de moi? Celui qui a pris ma place, qui a endossé le rôle de ce que je devais être, sans rien me demander. Ce n’est pas déconstruire, non. C’est détruire. Ce sera plus sûr, peut-être pas plus efficace. La moindre des choses est de le faire, sans broncher, sans peur, avec le courage de celle qui va enfanter. Conserver en soi le mélange de douleur et de joie. Pourquoi pas crier s’il le faut. On parle de renaissance, c’est à dire, naître soi-même, se donner naissance. Une seconde fois. Que s’est-il donc passer avant de renaître? On veut se reconstruire, c’est faux. On ne désire pas ça. On ne souhaite pas réutiliser des matériaux déjà utilisés. On veut créer, se créer. Cela devrait pouvoir se faire tout seul, comme le flux d’une énergie enfouie. Trouver la source. Extraire ce qui ne fonctionne plus. Ranger et nettoyer les surplus inutiles et les croyances douteuses. Oublier, laver à grande eau et faire sécher. L’expérience est hasardeuse et les risques non mesurables, faut-il le faire seul ou accompagné, qui pourrait aider à réaliser ce que l’on redoute le plus. Ce n’est pas mourrir et renaître, c’est continuer à naître, continuer à n’être que ce que l’on devrait être. Chercher loin, profondément, pas dans le passé, dans le présent, là où se situe vraiment le noyau, l’onde, l’énergie. Quand tout le reste aura disparu, que restera-t-il vraiment. La trace de cette énergie, aussi forte et minuscule soit-elle. Les sexes tombent, il ne reste plus que la trace. Ta trace à toi, ma trace à moi.
ni queue ni tête (15)
Le calme revient peu à peu. Lorsque l’on ne fait plus attention au tumulte, il est de nouveau là. Il retrouve sa place et ne dit rien. Les bruits et images empêtrées les unes aux autres ont disparu. Elles ont libéré l’espace, elles ont déguerpi. Ce moment s’est fait attendre mais il est toujours le bienvenu. Le calme après la tempête dit-on. Les aphorismes de capitaine au long cours sont souvent les plus appropriés. Parfois ils sont vrais. Il fallait laisser passer, voir défiler les sujets qui compliquent le sommeil, les laisser s’agiter sans y prêter attention. Retrouver le calme demande une certaine noblesse. Il faut savoir ignorer sans dédaigner. Se décaler, se positionner différemment. Le combat peut s’avérer épuisant si l’on n’y prend garde. Certains s’obstinent, veulent démêler les fils, mais rien n’est plus ingrat. Impossible d’en sortir, le feu est attisé, les flammes repartent de plus belle. D’autres se plongent dans l’immobilité, ce n’est pas suffisant. Il ne s’agit pas d’un mouvement, mais d’une position. Seulement savoir s’opposer, se dresser devant, affronter les coups et supporter la douleur, si douleur il y a, rien de moins certain. Se lever et faire face, se libérer d’un poids trop lourd. L’imagination fait des siennes, elle se régale et s’installe aisément à la table du banquet. Si le calme revient, la fête est finie. Et rien ne va plus. Les pensées s’évaporent, elles ne mènent plus le bal. Imaginer le pire est tellement plus savoureux que d’y faire front une bonne fois pour toute. Tout pourrait mal se passer, il faut anticiper pour s’assurer de l’avoir presque vécu. Avec fierté. Ce temps si précieux réduit à fabriquer de l’angoisse en fusion, un cauchemar prêt à exploser. Le chemin existe, il suffit d’allier bienveillance et fermeté, d’être fort sans être brutal, et juste sans être rigide. Le calme est le panache de la noblesse. C’est une posture intérieure, une manière d’agir. Rester digne en toute circonstance. Être là, calme, serein et respectueux, des autres bien sûr, et de soi, évidemment.
ni queue ni tête (14)
Nous n’avons besoin de presque rien. Il ne reste que « presque » à définir. Dans presque, il y a l’amour, l’amitié, la famille et quelques objets, le moins possible. Pas pour s’enorgueillir d’être minimaliste, mais pour ne pas s’encombrer l’esprit. On ne peut pas penser à tout, il faut libérer de l’espace, se décharger de ce qui est en trop. Au début, sans pratique, on ne sait pas trop quoi laisser sur le chemin. Ne pas s’alourdir de souvenirs, ils se dégradent avec le temps, ne pas accumuler de projets qui ne se réaliseront pas. Le moins possible, avoir en tête le moins possible. Avoir sur soi le moins possible. Avoir chez soi le moins possible. Seul le cœur peut être lourd, bien rempli, bien en chair, prêt à exploser. Il est là pour ça. Il vit pour ça, sinon à quoi bon envoyer du sang de tous les côtés, avec autant de force et d’acharnement. On peut l’entendre battre parfois, si l’on se concentre bien, en fermant les yeux. Ne garder que l’essentiel repose sur l’habileté à savoir choisir. Choisir quoi, choisir qui, choisir comment, choisir pourquoi. Que de choix pour atteindre la liberté de ne garder presque rien avec soi. Un sursaut de conscience serait le bienvenu. Il doit être discret mais ferme. Il ne doit pas lâcher sa proie, soi. Avancer tout en laissant tomber ce qui n’est pas indispensable. Ce n’est pas fuir les soucis ou les dangers, c’est seulement éviter de penser à ce qui ne change rien à sa vie. Ne pas croire, seulement observer, avec attention. Se brûler s’il le faut, ce n’est que de la douleur. Rien de plus. Ne pas laisser la porte ouverte à tous ceux qui veulent entrer dans votre vie. Prendre garde, sereinement et calmement, comprendre que ce n’est pas un besoin vital, seulement une option, une possibilité. Avec ou sans, on peut continuer à vivre. Prendre le dessus sur la facilité d’accepter. Ne pas tout accepter. Nous n’avons besoin de presque rien.
ni queue ni tête (13)
Le réveil est source de vie. Le calme après la nuit qui s’achève. Oublier ce qui vous a réveillé et revenir à la surface de la journée. S’agripper à l’espoir du jour qui s’annonce. Sentir le soleil et l’air sur son corps. Être nu, debout, le jour devant soi. La vie reprend alors qu’elle n’a pas eu l’occasion rêvée de s’arrêter. La vie est différente dans le sommeil, ce n’est pas le même espace, ni le même temps. Les personnages croisés ne sont pas tout à fait le souvenir que l’on en a. Leurs mots s’e sont s’effacent à peine prononcés. Ils ne veulent pas être compris. S’échapper n’a jamais été simple. L’énergie manque, la volonté ne semble pas daigner accompagner le mouvement. Tout est lent, on pourrait croire que c’est compliqué, que la vie ne circule pas naturellement. Les oiseaux et les papillons n’en sont pas conscients. Le corps, allongé à côté, était-il là quand tout cela s’est passé? Ceux qui sont apparus tout au long de ce sommeil étaient-ils présents? Qui les a invités à partager ce moment de répit? Pourquoi bouger si l’on peut voyager sans provoquer le moindre mouvement? À quel instant doit-on revenir dans le monde qui tourne sur lui-même? Pourquoi doit-on se résigner à le faire? Est-on plus vivant en éveil qu’endormi puisque nous sommes encore là jour après jour jusqu’a ce dernier souffle? Nos actions et nos pensées sont-elles meilleures? Le réveil est brutal, l’éveil une caresse. Ils se succèdent, se juxtaposent mais ne se rejoignent pas. L’un sans l’autre n’est rien. Nous ne sommes rien sans l’autre, c’est une évidence maintenant. Être là, ici et maintenant, n’est pas suffisant. Être à deux, là, ici est maintenant, est rassurant. Ma main sur ta peau.
ni queue ni tête (12)
Fumer. Fumer dans sa tête parce que l’on a arrêté il y a déjà longtemps. Fumer dans sa tête pour retrouver l’insouciance de la vie. Fumer pour être aussi léger et insaisissable que les volutes qui se dessinent dans le ciel de l’été. Fumer pour sentir l’odeur de la cigarette sur sa peau et surtout, sur la peau de l’autre. Le mélange des arômes, en bouche, sur les lèvres, son souffle éthéré. Fumer pour se sentir mieux même si l’on siat que ce n’est pas possible. Ne plus contrôler l’envie qui monte en soi. Cette envie irrésistible et impérieuse. Avoir envie de, au plus profond de soi. La trace est là, les souvenirs aussi, même les plus cruels. Vouloir en rire, de la vie, pas de celle des autres, seulement de la sienne. Fumer encore une fois pour le plaisir d’une bouffée partagée, pour la joie fugace d’une respiration complice, pour l’intimité d’une fumée échangée.
ni queue ni tête (11)
L’entreprise n’a aucun sens, seul entreprendre peut se comprendre. L’un va sans l’autre, contrairement à ce que l’on peut croire. Toute la valeur réside dans l’acte d’entreprendre, on n’en donne qu’à l’entreprise, ou pas d’ailleurs. L’entreprise est abstraite, illusoire, anonyme. Entreprendre est le doux mélange entre folie, courage et insouciance. À la différence de l’entreprise, entreprendre est un acte solitaire. L’entreprise, elle, est multiple et n’a qu’une fin, on l’a connaît tous, inutile de l’écrire encore une fois. On ne peut mentir quand on entreprend, sinon tout s’arrête. L’entreprise, elle, n’est souvent que mensonges. Comprendre les mots et leurs impacts avant de les utiliser. Avoir l’élégance du doute. Le respect de la sobriété et de la justesse. Être là et observer ce qu’autrui construit.
ni queue ni tête (10)
Les vertiges étaient de plus en plus fréquents. Au réveil, le matin, lorsqu’il fallait poser un pied à terre pour mouvoir son corps vers le haut. Sensation particulière, pas totalement désagréable, seulement inquiétante. Le contrôle de soi, ne pas s’attarder sur ce que l’on ressent, oublier que le corps existe et fait partie de soi. Cela pouvait se reproduire à d’autres moments dans la journée. Il n’y avait aucun schéma précis. Rien n’était programmé, pas de cause à effet claire. Une légère inquiétude, la peur de l’inconnu, du non déjà vécu. Quelque chose de différent, qui ne se produisait pas avant. Avant quoi ? Avant la première fois. Mais maintenant, ce n’était plus une première fois. Cela s’apparentait plus à une habitude, une mauvaise habitude comme une cigarette allumée sur le balcon ou au bord d’une fenêtre. Une sensation proche d’une première bouffée qui peut parfois faire tourner la tête, au matin. Peut-être un souvenir de ces premières cigarettes du matin. Un souvenir physique, un rappel à l’ordre, au désir. N’oublie pas ce que c’était. Les événements qui se répètent deviennent des habitudes. On n’y pense plus, on e pense plus à rien, c’est rassurant. Cela soulage mais ne guérit pas. On avance dans la vie avec les changements qui s’immiscent dans la peau, dans l’esprit. Il ne reste plus rien de ce que l’on a été. Tout a disparu au premier sommeil. Au réveil, le corps n’était plus le même. Tout recommence, comme hier, différemment. Irrémédiable et incompréhensible. Le chemin se crée sans raison, il se suit, il s’invente. Il semble clair et puis, il ne l’est plus. Il s’assombrit comme le ciel avant l’orage. Quelques images peuvent surgir. Des phrases aussi. Les deux ensemble parfois, une visualisation plus qu’une vision. Mais rien ne se produit. Le résultat n’est pas là, immédiat. Tout se mélange, et le vertige est là. La sensation est là. Au-dessus de la nuque, à la jonction avec le crâne qui devient lourd et insupportable. Les visualisations du moment sont floues, vagues. On pourrait chuter. Là. En un instant.
座美慧流 → Xavier (ザビエル)
座美慧流 → Xavier (ザビエル)
La transcription en kanji symboliques de mon prénom.
座美慧流 → Xavier (ザビエル)
- 座 (Za) = s’asseoir, présence posée, stabilité
- 美 (Bi) = beauté
- 慧 (E) = sagesse, intelligence
- 流 (Ru) = courant, flot, style
Interprétation : « Celui qui est assis dans la beauté et la sagesse qui s’écoule »
(Une personne calme, raffinée, fluide et spirituelle)
#kanji
Pourquoi j’aime le Kishōtenketsu (起承転結) ?
Le Kishōtenketsu (起承転結) est une structure narrative d’origine extrême-orientale (principalement japonaise et chinoise) qui se distingue radicalement des modèles narratifs occidentaux (comme le Voyage du Héros ou le “Setup – Conflict – Resolution”).
Elle est souvent utilisée en littérature, en manga, en poésie, dans les jeux vidéo, et même dans la rédaction d’essais ou d’articles.

Définition du Kishōtenketsu
Le mot est composé de quatre caractères chinois :
- 起 (Ki) : Introduction
- 承 (Shō) : Développement
- 転 (Ten) : Révélation ou renversement
- 結 (Ketsu) : Conclusion
Fonctionnement étape par étape
- Ki (起) – Introduction
- On expose les personnages, le décor, une situation.
- L’ambiance peut déjà porter une certaine tension implicite, mais il n’y a pas encore de conflit explicite.
- Shō (承) – Développement
- L’histoire progresse sans rupture majeure.
- On approfondit les éléments introduits, on suit le quotidien, les habitudes, ou on ajoute des détails à l’univers.
- Cela crée une attente, une montée douce en tension.
- Ten (転) – Renversement
- Un élément inattendu ou contradictoire vient briser ou éclairer différemment ce qui précède.
- Ce twist n’est pas forcément un climax dans le sens hollywoodien, mais une relecture du récit sous un nouvel angle.
- Ce moment surprend souvent le lecteur/spectateur.
- Ketsu (結) – Conclusion
- Le récit se referme, souvent avec un retour à une certaine normalité, mais enrichie d’un sens ou d’un changement subtil.
- Pas nécessairement de résolution de conflit, car souvent… il n’y avait pas de conflit.
Particularités du Kishōtenketsu
- Pas de conflit obligatoire : c’est l’un des points les plus fascinants. Alors que les récits occidentaux reposent généralement sur un affrontement (intérieur, social, physique…), le Kishōtenketsu n’a pas besoin d’un antagoniste ou d’un combat.
- Narration contemplative ou poétique : très adapté aux récits introspectifs, aux nouvelles courtes, ou aux récits à ambiance forte.
- Structure modulaire : on peut utiliser cette structure dans une scène, un chapitre, ou l’ensemble d’une œuvre.
Exemples d’application
Cinéma
- Dark Water ou certains films de Kore-eda Hirokazu (comme Still Walking) : ils présentent des situations du quotidien qui changent subtilement par un détail ou une révélation, sans climax explosif.
- le film Perfect Days de Wim Wenders (2023) est un excellent exemple contemporain de structure narrative Kishōtenketsu, bien que ce ne soit probablement pas revendiqué de manière explicite par le réalisateur.
- Le Voyage de Chihiro (de Miyazaki) : même s’il combine d’autres structures, certains passages utilisent le kishotenketsu.
Littérature
- Haruki Murakami : ses histoires comportent souvent une succession d’événements étranges (Ki et Sho), puis une révélation déroutante (Ten), suivie d’une résolution souvent ambiguë (Ketsu).
- Ocean Vuong – On Earth We’re Briefly Gorgeous : narration circulaire et introspective, sans montée en tension linéaire.
Jeu vidéo
- Super Mario Bros : comme tu l’as cité, les développeurs de Nintendo ont évoqué cette structure :
- Ki : on présente une mécanique (ex. un ennemi ou un saut).
- Sho : on renforce sa pratique.
- Ten : on perturbe l’environnement (sol mouvant, ennemis combinés).
- Ketsu : on atteint la fin du niveau en ayant intégré la variation.
Pourquoi j’aime le Kishōtenketsu ?
- Pour changer du modèle du héros et raconter des histoires plus subtiles, basées sur des révélations ou des décalages.
- Pour explorer des formes de narration non conflictuelles (parfait pour des récits poétiques, sensoriels, contemplatifs).
- Pour désarçonner volontairement un lecteur occidental habitué aux structures classiques.
En résumé
| Étape | Fonction | Exemple dans Mario | Exemple en littérature |
|---|---|---|---|
| Ki | Introduction | Présentation d’un saut simple | Un narrateur solitaire décrit sa routine |
| Sho | Développement | Plusieurs variantes du même saut | L’univers étrange s’installe doucement |
| Ten | Renversement | Le sol s’effondre sous le saut | Une révélation bouleverse la perception des faits |
| Ketsu | Conclusion | Fin du niveau, le joueur a compris la logique | Retour au calme, mais le sens du récit a changé |
ni queue ni tête (9)
S’écouter ou ne pas s’écouter. Si l’on s’écoute on se raconte des histoires si l’on ne s’écoute pas on raconte des histoires. La différence est subtile mais elle est bien réelle. La vérité doit se trouver entre les deux. La frontière est une ligne très fine, un élastique qui change de forme, qui s’adapte, se transforme. Je ne sais pas. Je ne sens pas l’endroit où se trouve la vérité. Laissez faire.
ni queue ni tête (8)
Être différent, c’est être soi. Ni plus, ni moins. Aucune originalité à être différent. La différence est la source de l’individu, sa raison d’être. Être différent permet de souligner les variations entre un être et un autre être. Vivre, c’est se différencier, ne pas être semblable. Pourquoi chercher à effacer ces différences si elles façonnent l’unique représentation de soi ? Aimer être comme, vouloir être comme, comparer des individus qui ne peuvent être comparés. À quelle fin ? Pourquoi faire ? Encore une fois, il est aisé de suivre les coutumes et croyances qui nous entourent et nous rassurent. Rechercher le groupe ou la tendance qui nous ressemble pour éviter d’investiguer ses propres traits de personnalité. Se vouloir autre tout en évitant de voir qui l’on est. Les chemins de traverse sont plus aisés à suivre. Ils nous conduisent là où l’on souhaite aller sans décider quoi que ce soit. Se perdre là où il n’y a aucun refuge, pour ne rien voir, pour ne rien entendre. Ne rien toucher, ne rien sentir ni même sa peau. Seule la peau, son grain, son odeur mêlée à sa saveur peut conduire à la découverte de soi et à comprendre sa différence à l’autre. L’autre est une peau, une odeur, un toucher bien différent de soi. C’est à cet endroit même que l’on découvre que l’on peut être autre que soi. Sans contact physique, il n’y a rien. Aucune trace, un vide, entre soi et soi. La naissance de l’amour ne repose plus que sur la création de l’autre avec soi. La sensation de soi avec l’autre. L’émotion du nous pour deviner le soi. Ne plus être seul, oublier sa finitude en partageant son être et sa différence. Pas un seul instant de doute. Être là.
ni queue ni tête (7)
Le jour avance et la semaine s’achève, le mois finira lui aussi par s’achever. L’envie d’écrire est toujours là, et ce n’est pas suffisant. C’est l’envie de dire qui prime maintenant. Les heures ont défilé et que s’est-il passé ? De quelle semaine s’agit-il ? S’agit-il de la semaine qui doit permettre de continuer à vivre ou de la semaine qui permet de rêver ? Qui décide les affectations de ce temps qui oscille entre labeur et autre chose ? Est-ce que cela se situe au même endroit, dans le même monde ? Il y a eu des tâches à accomplir, des rencontres, des activités qui se sont enchaînées. Des pensées, des actions, des actions qui ont mené à une suite de pensées, des pensées qui ont provoqué des suites d’actions. Où se trouve la frontière ? Est-ce important ? Cela sert-il à quelqu’un, à quelque chose ? Est-ce transcendant ? Si oui, vers quoi ? Vers soi ? Encore des questions qui se lancent en l’air, pour voir ? Quelqu’un peut-il y répondre ? Et le jour avance encore, que s’est-il passé depuis qui puisse changer quelque chose à ce que l’on est, là où on est. Le regarder passer sans intervenir est peut-être la solution. Le regarder passer sans rien attendre en contrepartie est peut-être plus juste. Ne rien attendre est le comble d’une vie sereine. Ne rien attendre de soi ni des autres. Être là, observer, écouter, agir s’il le faut, quand il le faut. Ce n’est pas être attentiste, c’est vivre de manière simple et cohérente. C’est essayer d’être en accord, s’accorder. Ne pas croire ce qui se glisse entre nous, ce qui s’immisce en nous. Juste observer, écouter et agir. Le danger, s’il existe, n’est pas toujours celui que l’on croit, que l’on imagine.
ni queue ni tête (6)
Le plaisir d’être là, présent derrière ces mots est inégalable. Les mots qui s’enchainent cachaient jusqu’à il y a peu un être, humain. Les histoires qui se créaient, qui se déroulaient cachaient des individus qui les avaient vécues ou qui les avaient inventées. Écrire est un témoignage de présence au monde, un moyen sûr d’être là, en vie. Il y a d’abord un premier mot, puis les autres s’amoncellent, les uns derrières les autres. Cet espace est réel, entre soi et soi, il existe, il prend forme. Il est aimé, ou pas, ça n’a aucune importance. Ce qui est intéressant, c’est de savoir qu’un être, en chair et en os, a le désir de raconter quelque chose, une histoire, avec ses mots, ses émotions, ses doutes et ses croyances. Son imagination est vivante. Ce n’est pas un artifice. Une confession. Maintenant le doute existe, l’être n’est plus indispensable derrière les mots. Ils peuvent s’afficher, se dérouler et vous éblouir aussi. Une devinette sans fin, une suite mathématique, un algorithme. L’être humain n’est plus. Mais, le plaisir d’être là derrière ces mots est toujours là. Il est là, si on est là, présents, prêts à les coucher sur papier ou sur clavier. Créer c’est croire que l’on existe vraiment. Peut-être.