Archives pour la catégorie Note

mn (XXVI)

Je prends le revolver. J’applique l’extrémité du canon sous le menton. Je presse lentement la gâchette. Le coup retentit…

Fin

mn (XXV)

Soustraire mes désirs pour contempler délicieusement l’évidence. Être bel et bien présent, une seule fois. Sentir sa présence au monde, débarrassé des illusions de la vie. Abandonner les rêves. Ne plus rien percevoir, mais seulement et simplement voir. Parvenir à laisser s’éteindre cette expérience en silence. Se voir vivre s’apparente à cet étrange apprentissage continuel de l’au delà. Irréel et invisible. Cette quête inachevée m’efflanque. Je ne suis plus qu’une ombre de tonalités noires et blanches. Je n‘ose confronter mon visage et ma nudité au reflet de ce fumiste miroir. Je ne suis qu’un cliché dérobé, superposé sur une composition éternelle. Une image. Tout soupçon de substance se détache de moi. Malgré l’épuisement des forces et des sens, le rythme s’accélère. Les couleurs se fanent et les murs se rétractent. Rien ne paraît stable, mais tout se soutient naturellement. Une eurythmie improbable s’installe avec moi. Moi au centre, supportant péniblement les battements lourds de mon coeur. Lui aussi semble déplacé et disproportionné. Des traces grisâtres parcourent mon ombre. Mais rien ne bouge vraiment. Les contrastes sont forts, le noir domine le blanc qui éclate spontanément par endroits. Et ces superpositions qui se figent, les unes aux autres. Cette épouvantable absence de bruit. Seules subsistent les formes, presque inconnues. L’excitation et la nervosité sont au plus fort mais les mouvements se font avec difficulté. L’extrême envie de m’allonger sur ma paillasse m’oppresse. Je ne peux même pas imaginer le temps nécessaire afin d’y parvenir pour m’y affaler. Je m’obstine à  fixer mon regard quelque part. Trouver un repère. Un seul repère. Je ne peux plus rien changer à rien. C’est une évidence. Le contrôle s’amenuise jusqu’à disparaître. La volonté s’écoule lentement. Rien ne subsiste. Rien ne résiste. Le soulagement n’existe pas, même lorsqu’il n’y a pas de douleur. Les sensations sont trop volatiles, trop vaporeuses pour meurtrir la chair. La scène se dessine lentement et se fixe à jamais.

Je sais que c’est le moment, lorsque tout s’échappe.

à suivre… mn (XXVI)

mn (XXIV)

Sans lumière. Sans mouvement. J’attends le silence mais ne parviens à l’entendre. Le silence de l’âme. Le silence du monde. Son vacarme est si pesant, lancinant et indéfectible. Sa continuité chuintante est à l’image de son inconsistance. Juste rien, seulement un long borborygme, cuisant. Peut-être l’unique preuve de l’existence du néant. Le vide se doit de faire du bruit pour nous rappeler son existence, sa présence. Mon espérance est différente. Je dois parvenir à  atteindre le silence. Me confondre avec le mystère. Ne plus être ni émetteur ni récepteur. Entre les deux, là. Invisible à tout. Insensible. Éloigné de toute pensée et de tout lieu. Là où je suis, là où je vis, dans mon isolement, je n’en finis pas. Tout est agression au silence. Je me penche encore à la fenêtre. Il est encore temps. Et je m’interroge, naïvement: quelles musiques propagent les étoiles que j’observe? Et derrière les étoiles, y-a-t-il ces bourdonnements? De quelles couleurs se fardent-elles? Quelles effluves dégagent-elles? Existe-t-il, quelque part, un arc-en-ciel du silence? Je me balade, en vain, entre ici et là-bas. Les blessures me tiraillent, sans cesse. Elles ne savent pas se faire discrètes. Je n’ai pas faim. Je n’ai pas soif.
Rien ne se passe. Non! Rien ne se déroule véritablement comme on semble le vivre. Je ne vois, je n’entends, je ne sens qu’une infime partie de ce que je vis profondément. Je me dessèche, goutte après goutte. Il n’y a aucune forme de combat envisageable, seulement le flux. Et je m’implique sans volonté. Je n’en perçois pas la destinée. En suis-je le maître? Suis-je libre et souverain de ce que je suis? De ce que je deviens? Je sens de nouveau cette fureur intarissable m’envahir. Elle crispe tous les muscles de mon corps. Et les tremblements ne se font pas attendre. Ni les gouttes de sueur qui perlent sur mon front. Ni les mâchoires qui se resserrent à en faire éclater l’émail de mes dents. Les poings fermés. Le corps entre en tension extrême. La nuque se raidit. Les poils s’hérissent sur l’intégralité de ma peau meurtrie par cette présence au monde inexplicable.
Le désir animal de m’époumoner. Hurler comme une bête à l’agonie que l’on n’ose sacrifier. Que l’on ne peut achever sans douleur. Par indifférence. Par déférence. Par ignorance. Suis-je capable de décider? Je ne crois pas. Ai-je la capacité de changer les occurences? Je n’en ai pas l’impression.

à suivre… mn (XXV)

mn (XXIII)

Le monde ne change pas. Ni celui où je vis, ni celui où je songe. Ni celui où j’imagine que je vis, sans doute le même. Un seul et identique mouvement dans lequel je m’inscris. Ce n’est pas important de ne plus y croire, de ne pas y prendre place. Je n’ai pas de place. Ce n’est pas une question de mérite. C’est seulement un état. Le spectacle qui s’offre depuis ma fenêtre est grandiose, surtout lorsque je ferme les yeux et que je m’y penche. Je n’ai nullement besoin de hauteur pour éprouver le vertige. Je suis un point minuscule dans l’espace et je peine à y rester stable. Est-on si sûr de ce que l’on fait? De ce que l’on éprouve? Ne peut-on arrêter d’émettre des hypothèses? Cesser de faire du bruit, de s’agiter, pour que quelqu’un nous réfléchisse l’image de ce que l’on croit être. Ici, personne pour me dire ce que je dois être, ce que je peux être. Je dois me supporter ou m’oublier. Je ne sais pas que choisir d’ailleurs. Me supporter ou m’oublier? Ce n’est ni reposant, ni réjouissant. Seulement inutile, et légèrement plaisant. Pourquoi donc rechercher l’utile? Bien faire? Que se passe-t-il? Que cherche-t-on en s’exposant? Je vais gagner un souffle de plus, une seconde supplémentaire. Je vais croire que je suis. De quoi se compose cette seconde qui disparaît dès sa naissance? Identique à l’instant qui représente le cours de ma vie. De ta vie. Une nouvelle ombre qui apparaît puis s’estompe. Je suis mon propre tableau, personne ne le peint pour moi. Ni chef d’oeuvre, ni croûte. Seulement une superposition de couches de vies instantanées, qui sèchent les unes sur les autres, les unes après les autres. Certaines sont enfouies sous d’épaisses capes, d’autres réapparaissent au moindre effleurement. Je ne désire plus gratter pour découvrir ce qui n’apparaît plus mais qui existe encore. Je le laisse reposer, tel quel, dans sa sublime imperfection. L’angoisse me taraude toujours. La peur est là, apparente. Il ne me faut pas l’attiser. Elle tourne autour de moi, en circonvolutions inégales. Elle fait mine de lâcher prise et me donne l’illusion, parfois que je suis présent au monde. Vivant. Puis elle m’agresse, violemment. Elle n’a besoin de rien pour s’infiltrer insidieusement en moi et m’anéantir. Elle jouit de moi. Elle joue de moi. Et là encore, je comprends bien qu’elle est moi, et rien d’autre. Je ne peux pas avoir peur de moi. Je cherche seulement la lumière, mais il fait noir. La lumière me manque. La nuit prend ses aises sur le jour. Seul un point lumineux, une flamme virevoltante peut me réconforter. Une vie qui se dessine et illumine l’espace. Mais les jours s’effacent. Les mots disparaissent. Et la lumière s’atténue sans laisser de trace. Non. Le monde ne change pas. Utopie cosmique et universelle. Rien à expliquer, c’est ainsi. L’absurde et splendide luminescence de la vie sans contour.

à suivre… mn (XXIV)

l’art et la révolte ne mourront qu’avec le dernier homme | camus

Partager avec vous l’une de mes voix préférées, celle d’Albert Camus [lectures (L’Homme révolté)]
Existe-t-il encore des hommes & des femmes révoltés? N’y a t-il plus aucun combat qui mérite la peine d’être écrit et lu à voix haute? Doit-on tout accepter sans mot dire? Le courage de s’élever contre est-il devenu si ridicule? Manque-t-il seulement des voix, fortes, puissantes et intelligentes? Le dernier homme n’est-il déjà plus de ce monde?

« Pour être une fois au monde, il faut à jamais ne plus être. »

Source: ici

2011 | ceux qui survivent, existent-ils?

« Ceux qui survivent, existent-il? »

Je souhaite commencer l’année 2011 avec cette première réflexion issue de la lecture de Invitations philosophiques à  la pensée du rien, Manifeste, éd. Léo Scheer, 2004 , Jean Paul Galibert.

Mes meilleurs voeux à tous, ceux qui existent, ceux qui survivent, à tous.

Invitations philosophiques à  la pensée du rien, Manifeste, éd. Léo Scheer, 2004 | Jean Paul Galibert

mn (XXII)

Oui.
Je devine enfin. Je ne peux comprendre que les évidences. Oui. Il est absurde de penser exister. Exister, l’utopie d’être visible pour les autres. Par comparaison. Futile. Déraisonnable. Inadmissible! Comme une pierre sur le chemin. Comme un nuage qui s’effrite. Vouloir que les autres vous voient. Vous reconnaissent. Pourquoi essayer vainement de se rassurer sur sa propre existence? Comprends-moi, cela n’a aucune importance. Simple. Tranchant. Être là, au milieu de tout. Peut-être à jamais. Peut-être seulement cette nuit. Ce tout ne ressemble à rien. Ce tout ne signifie rien. Je ne cherche plus à lui donner un sens. Il n’en a plus pour moi. Je le dessine par apprentissage. Succession de mots qui donnent « vie » à un état. Je tente de le visualiser avec mes couleurs. Mes couleurs sont-elles tes couleurs? À quoi bon? La conscience est-elle une? Est-elle multiple? Je suis là, étranger à moi-même. Étranger à vous. Étranger à toi. Néanmoins, je sais que là tu es moi. Vous êtes moi et vous à la fois. Le tout. C’est évident. Là tu souffres, tu ris, tu respires à mon rythme. Tu existes comme moi. Tu es moi, je suis toi. Nous sommes le sujet. Le même sujet. À l’instant. Maintenant. Et puis, ce n’est plus cela. Plus rien. Envolé disparu. Je n’arrive plus à discerner si je suis devant la montagne ou assis sur ma chaise, devant mon horloge. Mes repères disparaissent et s’estompent. Sans véritable angoisse. L’angoisse qui me rassure. L’angoisse qui me permet de m’apitoyer sur moi. L’angoisse qui me rend visible. Celle qui inquiète quand elle est visible. Portrait de l’âme. Je ne sens pas vraiment mes membres. Un tourbillon d’images, de mots, de sensation. Je veux que cela cesse, un instant seulement. Une pause. Mais je ne contrôle rien. Comme d’habitude. Aucun pouvoir sur rien. Je désire flotter au-dessus de moi. Ne pas m’habiter. Pas fuir, mais sentir. Percevoir sans exister. Je sens la pression, l’étreinte de tous ceux qui n’ont plus leur corps. Je ne suis pas seul.
Un grand éclat de rire. Un rire franc, profond me surprend. Mes yeux s’acclimatent à la lumière du néon. La pièce est la même. Identique. Exactement pareille. Mon regard s’attarde autour de moi, avec attention. Sans crainte. Seulement surpris. Personne. Je me lève. Je m’approche de la fenêtre ouverte. Il fait froid. Le ciel revêt son costume de nuit. De petits points blancs scintillent. Sans doute des étoiles. Une boule, plus grosse, posée là-haut, brille. La lune. Personne dehors, aucun bruit vivant. Seulement des sons. J’éclate de rire. Cette fois je sais que je suis celui qui éclate de rire. Et l’autre? L’autre rire? Sans doute le mien, le même. Je ne me force pas. Je suis seulement moi. Seul. Rire de moi. Et conscient d’être là même si je n’existe pas.

à suivre… mn (XXIII)

mn (XXI)

Le vent emporte mes rêves. Je ne parviens pas à les retenir. Ils filent et défilent puis le souffle les éloigne de moi. Seules quelques bribes de ces rêves subsistent en moi. J’essaie de les recomposer en les mélangeant, les uns aux autres. Je n’ai pas (plus) d’espoir précis. Je n’espère absolument rien de cette vie que je construis et subis. Mon constat est le même, que je sois triste ou joyeux. Je suis bien le seul et unique artisan de mes peines et de mes joies. Seul à les penser. Seul à leur donner vie. Seul à les croire. Seul à les créer. Seul à les vivre et à les percevoir. Puis, des attitudes qui se ploient et se déploient de ces pensées rêvées, naissent des images de moi que les autres perçoivent. Je ne peux plus rien y changer. Tu ne peux rien y changer. Cela ne dépend pas de nous.
Oui. Je le sens. Je ne le pense pas, je le sens. Le sentiment est réel, la pensée ne l’est pas. La tristesse pénètre les moindres recoins de ce corps et de cette âme. Je la sens couler dans mes veines. Je sens ce corps la distiller. Il se tend et se détend pour fabriquer cette essence de l’âme. Au calme. Les pensées noires m’assaillent et me torturent. Un sourire se forme péniblement sur mon visage. La fin est proche. On ne meurt jamais de la même façon. Je me souviens de ceux qui se préparent à mourir et qui retardent le moment du passage, à bout de force. De ceux qui, maintenant et ici, me suivent depuis l’autre berge, libres et légers comme cette feuille d’automne virevoltant dans le ciel lourd et gris. Mes pensées envers les premiers ou ces derniers sont les mêmes. Leur existence ou leur souvenir me sont identiques. Dans mes pensées et dans mes rêves. Le passage. Le saut. La chute. Le rebond. Voir la vie partir est rassurant. La leçon est claire. Rien n’a d’importance. Tout est illusion, une grande illusion collective entretenue par nos âmes inquiètes. Rien n’a d’importance, absolument aucune importance. C’est absurde. Il faut le comprendre. Là et à présent. Maintenant et tout de suite. L’absurdité est la plus belle preuve d’existence. Si l’absurde existe, la vie existe. Je souris encore. La fin est proche. C’est évident et absurde à la fois. Cela ne sert à rien, comme moi. Le souvenir de son visage émacié. La peau transparente, plus fine que mon papier à cigarette. Le souffle insaisissable, inaudible. Seuls quelques mouvements vifs des yeux, sous les paupières refermées. Je veux te garder dans mes bras. Je n’aime pas les départs. Voir le train quitter le quai. Lancer la main, courir derrière puis ralentir son pas parce que l’on ne rattrapera plus ce dernier wagon. Retrouver les souvenirs. Oui. Rêver. Rêver n’est pas plus absurde que de vivre. Rien n’a d’importance. Tu le sais, tu pars et tu le sais. Tu connais maintenant le secret. Rien n’a d’importance. Je n’ai aucune importance. Merci de me le rappeler. Le passage du sommeil à l’éveil, de l’éveil au sommeil. De la vie à la mort, de la mort à la vie. Il est absurde de penser exister.

[à ma grand-mère qui s’évapore…]

à suivre… mn (XXII)

mn | de I à XX

SDF | révolté

© louise imagine – Jérôme

Sans Dieu Fictif, Suicide Devant la Foule, Sans Destin Futur, Sans Destinée Fixe, Sans Foi ni Dieu,  Séquelle De Folie, Sourire De Fou, Sommeil Du Froid,…

© louise imagine – Jérôme

… recroquevillé sur le trottoir, en plein jour. Ici, maintenant sur cette terre qui est aussi la tienne, dans ce monde que tu malmènes, je ne peux empêcher ces 3 maudites lettres S, D, F, mon nouveau nom de scène, de se composer et se décomposer.

Oui, ici, à l’instant présent je peux encore penser, croiser tes regards qui n’osent s’accrocher à ma crasse. J’ai tout le temps d’étudier ma mort venir: le froid, un mauvais coup, la faim, mon cher et tendre abandon. Tu me tues de ton indifférence. Ne joue pas au révolté, tu peux rire plutôt. Je serais plus heureux de te voir rire. Tu m’as croisé, tu as senti ma présence. Je t’ai fait peur. Avoue-le. Tu te révoltes devant ton poste de télévision, devant tes enfants, devant ta femme. Mais demain, tu repasseras devant moi, rapidement,  la buée à la bouche, sans rien dire, me gommant de ton espace visuel, instinctivement, serrant plus fort la main de tes enfants, les entraînant au pas de course devant moi parce que tu as tant de choses si importantes à faire. Oh oui! Si importantes. Ils sont beaux tes enfants, ils sentent bons. Prie pour eux, pour qu’ils ne deviennent pas le non-devenu que je suis devenu. Je ne suis ni un rêve, ni une illusion. J’ai le même nom de code et le même visage que mon voisin de trottoir. Notre désespoir nous réchauffe un peu. Toi aussi tu es désespéré mais tu es un ADF. Un Avec Domicile Fixe. Ceux que l’on aime, parce qu’ils savent mourir en grande pompe, à l’abri du froid, parfois même dans la chaleur familiale.

Mes doigts sont gelés, ma pelure trouée, ma patte blessée, je saigne… le souffle vicié par le mélange des gaz d’échappements que l’on me crache à la gueule. Non tu ne me tueras pas ni ne me ramasseras. Je suis seul, certes, mais rempli de ton visage, parce que moi je te vois. Tu ne veux pas de moi, mais mon combat maintenant est entre moi et Lui. Abandonné. De vivre, je me tue. Et si je meurs de froid, je serai encore là, l’an prochain, pour toi. Mon nom est SDF. Pour te rappeler que tu n’as encore rien fait et que tu ne feras toujours rien. Jusqu’à ton dernier jour, ou égal à moi-même devant Lui, tu me retrouveras en pleurs, vide de ta vie sans scrupules.

En silence. Surtout, oublie-moi.

Les flocons me recouvrent.

C’est beau.

C’est froid.

Bien à toi.

© louise imagine – Alex

Merci Louise de m’avoir prêté tes photos. Ici, c’est chez louiseimagine.

J’aimerais aussi partager ce texte u sur n’importe quel blog. Servez-vous, il ne m’appartient pas. Je ne suis pas mieux que vous, seulement révolté.

pessoa | autres vers

« Vis sans heures. Tout ce qui se mesure lèse,

Or tout ce que tu penses mesure.

Dans une certaine cohésion fluide, tel le fleuve

Dont les vagues sont lui-même,

Ainsi sois tes propres jours, et si tu te vois

Comme un autre passer, tais-toi. »

puis, celui-ci:

« Nos certitudes? Ce jour est le jour,

Cette heure l’heure, ce moment le moment, cela

Ce que nous sommes, voilà tout.

S’écoule perenne cette heure interminable

Qui confesse notre néant. »

et enfin, celui-là:

« Certains, les yeux tournés vers le passé,

Voient ce qu’ils ne voient pas: d’autres,

Ces mêmes yeux fixés vers le futur, voient

Ce qui ne peut se voir.

Pourquoi aller mettre si loin ce qui est proche –

Le jour réel que nous voyons? Du même souffle

Dont nous vivons, nous mourrons. Cueille

Le jour, parce que tu es le jour. »

Poèmes extraits de Poèmes Païens

mn (XX)

Ici et maintenant. Je me fonds entre la terre humide et le ciel azuré. J’ai froid. Je scrute posément, avec clémence, la montagne. Elle sait. Elle m’observe et s’alimente de ma présence. Sa vie à observer, à dévorer les âmes. À comprendre. Impassible. J’inspire. Je capte. Je perçois. Je m’éveille à la nuit. Et, je pense à la mort.Et à la vie. Peu importe encore une fois. Ça ne fait qu’un. Identique cycle infini. Un seul et même passage. Sans véritable durée. Mystique de l’éphémère. Je ne sais toujours pas distinguer l’essentielle différence. Le trépas s’avère extraordinaire. Oui, c’est exactement cela, un extra de l’ordinaire. On laisse filer toute une vie pour s’y préparer. Absurde nécessité. Toute une vie. La mort donne naissance au futile et instantané souvenir d’une existence. Certains exigent plus de temps d’apprentissage que d’autres pour prétendre au sommeil éternel. D’autres, eux, assimilent très vite l’attraction du dernier soupir et peuvent se retirer en paix, plus promptement. De la naissance à l’extinction, étrange simulacre. Voyage parfumé, aux esquisses subtiles. Je le conçois bleu ce voyage. Appel au ciel. Mais rien n’est moins certain.  Seul le calme assuré. Repos de l’être dans l’aître. Ou, s’étioler par et avec le feu. Distinguer  petit à petit les teintes et les silhouettes. Suspendu là, à vau-l’eau. Retrouver le ventre d’une mère. Biffer les séquelles incrustées par la parturiente. Imbrications qui s’effilochent autour de moi, gravées à jamais. Répétées sans cesse. Renaître de la terre, de l’eau, de l’air et du feu. Recomposer le corps décharné, empreinte d’un autre corps. S’oublier à soi, lavé de ses excès. Panser ses brûlures. Naître à soi-même. Le souffle piquant des neiges éternelles me rappelle à ma vie. Le soleil se couche, et je ne peux bouger. Je dois rester là. Même si j’ignore l’espace où je me situe. Ne pas ciller. Ne pas rompre la plénitude qui m’enrôle. Même de nuit, la montagne est présente. Je perçois sa caresse. Elle me parle sans mot dire. Peu importe les sommeils, rien ne change. Seulement s’imprégner de sa force cosmique. S’accoupler plus profondément à la terre. S’accorder délicatement à la symphonie mélodieuse de la bise. Expier ses malfaçons jusqu’à l’extase. Les traces indélébiles s’échappent par capillarité. Ne surtout pas lutter et se laisser absorber par la terre.  Puis exhumer délicieusement la vie qui subsiste. Aussi minuscule soit-elle  pour la recomposer en silence, à l’abri des regards. S’empêcher de nuire. Le temps ne compte pas pour mener à bien son enfantement. Silence. Rejoindre le corps d’une mère. Naître et n’être plus le même.

à suivre… mn (XXI)

être en larme

amor | love | amour

México DF | 21.11.10

mn (XIX)

Mon épuisement est abstrus. Sa source est inconnue, insondable mais à la course folle. C’est un ruissellement qui se répand et ne se tarit jamais. La fatigue mine peu à peu la vie. L’énergie se délite depuis sa genèse. Je la sens fuir. Parfois, je l’entends s’échapper. Ce qu’il me reste de volonté est trop chétif pour sauver ce corps asthénique. Je le constate. Je me résigne. Je ne cherche pas à lutter. Je maudis la lutte. Envers qui? Contre quoi? À quoi bon lutter quand la bataille est chimérique? L’hallucination d’une victoire assouvissable n’est pas suffisante pour s’engager sur cette voie. La joute n’a pas lieu en cette place. La tromperie est trop manifeste pour que j’y adhère le sourire aux lèvres. Rempli d’espoir. Non. Ne crois pas que tu as la force de changer ton existence. Le combat se déroule en tous lieux, pour tous et à chaque instant. Pour l’éternité. Je n’envie pas ces autres âmes aux uchronies incolores qu’elles aiment déblatérer pour feindre l’indifférence absolue. Mais cette indolence est là, immuable et vivante. Aucun effort n’est capable de sauver l’homme de sa torpeur. La difficulté ne réside pas là non plus. Aucunement. Erreur frisant l’indécence. Je suis ici pour cette faute qui n’existe pas. À l’écart, docilement. Mes cris ne portent plus. Ils s’écrasent sur les murs et me reviennent au visage. Alors je préfère m’asseoir, au pied de la montagne. Là-bas. Très loin, si proche à la fois. C’est une montagne sacrée. C’est ce que l’on en dit lorsque j’y suis. Et je reste là, dans le calme le plus absolu. À la contempler. À la dévisager. À la déshabiller du regard. Je peux la toucher sans m’en approcher. Elle m’apparaît et se découvre. Se dénude. Sans artifice. Elle est là depuis toujours. Elle le sait. Son pouls est lent mais continu. Inaltérable. Elle ne domine rien mais englobe tout. Elle est majestueusement simple et parfaitement discrète. Un seul trait la définit, suspendue dans l’espace. Légère à en disparaître. Elle transcende les strates aériennes de ses ondes cristallines et pures. La couver du regard ne blesse en rien. Ni l’âme, ni le corps. Ni le corps, ni l’âme. Son souffle est caressant. C’est une force tendre de la nature. Combien d’âmes s’y échouent et s’y reposent.  Combien de temps y restent-elles? Je ne sais pas. Je comprends seulement qu’elles sont là. Présentes à la vie, en l’absence de leurs corps. Perdus au loin, comme le mien. La musique qui s’élève de ses flancs est onctueuse. Je m’en abreuve. En son sein, je dépose le reliquat de mes forces. Je parviens à peine à me souvenir d’où je viens, d’où je suis. Je ne peux envisager de retour. Seulement réussir à minimiser les bruits et les gestes. Que l’on me découvre pas. Qu’elle me laisse m’imprégner de ses formes floues et parfaites, de ses courbes duveteuses. L’effleurer. Désirer sa chaleur jusqu’à son apogée. Et inscrire l’effluve de son essence au plus profond de mes yeux. Lâcher prise, laisser aller. Apparaître et disparaître mais être là ou ailleurs.

à suivre… mn (XX)