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Messages entre amis

En fait, j’essaie surtout de ne pas trop me compliquer la vie pour le moment et de prendre les choses telles qu’elles viennent.

J’apprends.

Après, mes souhaits, mes envies j’essaie de ne pas trop y faire attention, comme ça pas de faux espoirs, ni de déceptions.

Il y a des trucs positifs, donc je me concentre sur eux. Le reste, j’essaie de laisser filer et de ne pas trop m’y attarder.

J’essaie de ne plus croire à mes insatisfactions. La vérité, c’est dur, mais j’essaie quand même et puis ça passe.

C’est drôle, depuis hier, ton mot m’a fait vachement réfléchir : «J’espère que pour toi ces changements sont positifs !»

Merci, car il fallait vraiment que je me pose la question simplement.

J’ai partagé avec toi ma réponse du moment, je crois que c’est celle qui se rapproche le plus de la réalité.

le ciel autour

Ils regardaient le ciel, lui à México, elle à Tokyo.

Deux paires d’yeux levés vers la même voûte, mais séparés par la courbe de la Terre, le décalage horaire, et tout ce qui fait que deux êtres ne peuvent jamais vraiment habiter le même instant. Pour lui, c’était un crépuscule orangé aux nuages effilochés comme des cheveux d’anges ; pour elle, une aube teintée de bleu pâle, de ces matins où l’on ne sait jamais si la nuit a vraiment pris fin.

Vincent vérifiait machinalement ses notifications tout en observant le ciel. Son pouce glissait sur l’écran par automatisme, ce geste répété mille fois par jour, devenu aussi inconscient que la respiration. Un point lumineux attira son attention — pas dans le ciel, mais sur l’écran. Une réponse à son message sur la fragilité des marchés émergents. « @ClaireP : Les économies, comme nos existences, oscillent entre l’éphémère et l’éternel, suspendues sur le fil du hasard et de la nécessité. »

Il souleva un sourcil. Une phrase étrangement précise, comme si elle avait été écrite pour lui seul. Une professeur française, selon sa biographie. Comme lui, en voyage, mais à l’autre bout du monde.

Les jours suivants s’écoulèrent dans une routine confortable mais creuse. Vincent enchaînait les réunions avec des investisseurs mexicains, parlait de projections financières, de rendements, de prises de risque, tandis que ses collaborateurs prenaient des notes avec une attention variable. Entre deux rendez-vous, il vérifiait son téléphone. Les messages de Claire étaient devenus des fenêtres dans sa journée, des trouées de lumière dans le pragmatisme implacable de son quotidien.

« J’ai rêvé de toi hier, » lui écrivit-elle un soir. « C’est étrange de rêver d’un visage qu’on n’a jamais vu. »

« Comment étais-je ? » demanda-t-il.

« Tu avais des yeux comme des miroirs borgésiens. Je pouvais me voir dedans, mais pas toi. J’écris justement un essai sur les doubles et la fragmentation du moi. »

Ce soir-là, il s’endormit pensant à elle et se réveilla avec l’impression d’avoir écrit toute la nuit, bien qu’aucun mot ne fût couché sur le papier.

Les frontières commencèrent à s’estomper doucement. Souvent, les messages arrivaient avant même qu’il n’ait formulé ses questions. Parfois, il trouvait des pages manuscrites sur son bureau, remplies d’une réflexion sur l’identité qu’il n’avait jamais écrite, dans une écriture qui n’était pas la sienne mais qu’il reconnaissait d’instinct.

Un matin, il trouva un exemplaire du dernier livre de Claire posé sur son oreiller. Impossible, songea-t-il, impossible puisque l’ouvrage n’était pas encore paru, qu’elle lui en avait seulement parlé la veille. Quand il tendit la main, le livre se dissipa comme une brume d’encre.

« Je crois que je perds la raison, » écrivit-il à Claire.

« La raison est surestimée, » répondit-elle instantanément. « Comme l’écrivait Bataille, c’est une mince couche de vernis sur l’océan du mystère. »

Vincent commença à noter les coïncidences. Les concepts qu’elle développait apparaissaient ensuite dans ses présentations professionnelles sans qu’il ne se souvienne les y avoir intégrés. Des objets se déplaçaient dans son appartement. Un carnet rempli de notes, encore ouvert, qu’il ne se souvenait pas avoir rédigé. Des citations de Merleau-Ponty et Bachelard griffonnées dans les marges de ses rapports trimestriels, d’une écriture qui n’était pas la sienne.

Une nuit, il se réveilla en sursaut. Une silhouette se tenait près de la fenêtre, contemplant la ville illuminée. Quand il alluma la lampe, il n’y avait personne. Mais l’empreinte d’un corps sur les draps à côté de lui était encore tiède, et un parfum subtil qu’il reconnaissait flottait dans l’air.

« Je crois que nos esprits communiquent au-delà des mots échangés sur cette plateforme, » écrivit-il à Claire.

« Nos esprits ? Ou nos âmes ? » répondit-elle. « Peut-être que c’est dans la réalité prosaïque que nous sommes séparés, et dans l’espace métaphysique que nous sommes enfin réunis. »

Lors d’une réunion cruciale avec un client important, il se surprit à citer Kierkegaard et Levinas pendant dix minutes. Ses collègues le regardèrent avec inquiétude. Il n’avait jamais étudié la philosophie.

À Tokyo, Claire trouvait des contrats financiers annotés sur son bureau. Elle respirait l’odeur d’un café de spécialité mexicain sans jamais en avoir commandé. Ses rêves étaient peuplés de chiffres, de graphiques, toujours des projections qui s’entremêlaient à ses réflexions philosophiques.

Un jour, sans aucune explication, les messages de Claire cessèrent. Son profil s’évanouit. Comme si elle n’avait jamais existé. Vincent chercha frénétiquement, contacta la plateforme, mais personne ne trouva trace d’un compte à ce nom, ni d’une professeur française nommée Claire dans les bases de données universitaires de Tokyo.

Il acheta un billet pour Tokyo. Dans l’avion, il se demanda s’il n’était pas en train de poursuivre un fantôme. Mais les mots qu’ils avaient échangés étaient bien réels, imprimés dans sa mémoire avec la netteté d’une gravure.

À l’aéroport de Narita, il sentit une présence familière. Un sentiment d’intuition philosophique le guida à travers la foule, comme un fil invisible qu’il suivait, comme dans un rêve lucide.

Cette intuition le conduisit devant une femme qui regardait le ciel à travers la grande baie vitrée. Elle se tourna vers lui lentement, comme si elle l’attendait depuis toujours.

Mais ce n’était pas Claire. C’était lui-même, dans un miroir qui n’existait pas, avec des traits légèrement différents, plus doux, plus féminins, mais incontestablement les siens.

« Nous sommes les deux moitiés d’une même conscience, » dit son reflet. « Le pragmatique et la métaphysique, l’action et la contemplation, séparés par des mondes parallèles, réunis par des fissures dans la réalité. »

Quand il tendit la main, leurs doigts se touchèrent à travers une membrane invisible. Une décharge violente parcourut son corps. Le terminal de l’aéroport vacilla. Les gens autour d’eux semblaient ralentir, puis s’immobiliser complètement.

Elle comprit alors. Il n’y avait jamais eu de Vincent. Ou peut-être n’y avait-il jamais eu de Claire. Peut-être n’étaient-ils que les fragments d’une conscience éclatée à travers des dimensions différentes, cherchant à se reconstituer. Une illustration vivante de sa propre théorie sur la dualité de l’être et la quête de complétude.

Le monde autour d’eux commença à s’effacer, pixel par pixel, comme une image numérique qui se dégrade.

« Tout n’est qu’absparition, » pensa-t-elle avant de disparaître.

note

Regarder le ciel,
Penser à vous.

Joyeux Noël à toutes et à tous.
Ici ou ailleurs.

Toutes mes pensées,
à celles et ceux
que j’aime.

note

L’esprit rationnel et cartésien m’a tué

note

On se fatigue de s’excuser.

Françoise Sagan

note

Plus personne ne sait dire non.

Être. Là.

Être vivant,
Être mort,
Être.

Là.

Charles Maussion | sans titre, 1961

Charles MAUSSION (1923-2010)

Sans titre, 1961 Gouache, signée des initiales et datée 61 en bas au milieu 65 x 50 cm

Être vulnérable

Être vulnérable,
et être là pour l’autre.

Comment identifier ce qui nous rend vulnérable ?

Aller au-delà de sa vulnérabilité ou de la vulnérabilité de l’autre.

L’accepter et la respecter,
simplement.

Être là pour soi,
et pour l’autre. 


note

Marcher et ne plus s’arrêter de marcher penser et ne plus s’arrêter de penser marcher pour ne plus penser penser à ne plus s’arrêter de marcher garder le rythme marcher au pas un pas après l’autre marcher et ne plus arrêter de marcher penser sans s’arrêter de marcher ne plus penser à s’arrêter marcher marcher.

note

Écrire le maximum de choses possible avec le moins de mots possible.

note

Je lutte avec, et souvent contre, mes états mentaux.

note

On ne peut se protéger de rien.

Seule l’émotion a un sens, sans raison.

La conscience n’a pas de raison d’être.

Elle est.

nuit et jour

Ce n’était pas l’idée de départ, il n’y en avait pas d’idée d’ailleurs au départ. Juste une envie, pas une idée précise.

L’envie, c’est, je crois, mieux qu’une idée. L’énergie est différente, les ondes aussi. Le moteur qui anime l’envie est différent, il n’est pas énergie, il est plus fort que l’énergie.

L’obsession, le rappel aux songes, le réveil nocturne. Qui se cache par là, à l’abri des rêves. Qui a la force de te ramener à l’éveil, plus fort que le sommeil.

Une vie à penser, à avoir peur, à craindre quelque chose qui n’existera peut-être jamais. Une réflexion posée qui ne s’appuie sur rien de réel, de concret. Un mouvement de pensées dérangées qui tente de tromper l’entendement.

Mais, oui, je l’entends cette voix, je le vois ce problème immense qui progresse et m’oppresse. D’où vient-il ?

Qui s’amuse à m’envoyer ses messages ? Suis-je le maître de ces pensées noires moi qui aime tant  le soleil, le jour et le calme? Pourquoi me ferai-je souffrir avec ces idées que je ne veux voir? Pourquoi m’infligerai-je cette douleur, cette peine ? Ce moi n’est pas le moi que je connais. Il me trompe pour me dire quelque chose, mais que veut-il me dire?
Pourquoi est-on si peu enclin à comprendre ce qui passe par nos têtes ? Pourquoi n’est-on pas plus serein quand on s’écoute ? Peut-on avoir confiance en soi ? En son propre jugement ? Est-on la cible des mensonges que l’on s’offre ?

Je ne veux pas croire que je peux y croire, je ne veux pas voir ce que je projette devant moi. Non je j’ai pas envie d’être au milieu des peurs qui surviennent. Je n’en ai pas fait le choix, ni la demande. Non, je vous l’assure je n’ai rien demandé. Je ne voulais pas y croire. Je ne le voulais pas.

Les images de ces nuits agitées sollicitent des désirs que je n’ai pas. Les désirs avec lesquels je ferme les yeux, épuisé, ne sont pas ceux qui me réveillent. Je m’endors tranquille et me réveille agité.

Où suis-je allé entre temps ?
De quoi suis-je responsable ? Que veux-tu me dire ? Y-a-t-il quelqu’un caché derrière tout cela ?

Suis-je le créateur des fantômes de mes nuits ? Sinon moi, qui alors ?

Il n’y a pas de contacts, nos peaux ne se touchent pas. Tu n’existes donc pas.

Ils ou elles s’acharnent contre moi. Je sais bien que c’est faux. Qu’ils ou elles n’existent pas ne me rassure pas plus, puisque toutes nuits les accueillent auprès de moi.
Qui ouvre les portes de mes songes? À qui ai-je confié la clé si ce n’est à moi?

Apprendre à se laisser en paix, à se laisser tranquille.

S’aider à y voir plus clair, même en fermant les yeux. Apprendre à laisser la distance prendre le dessus. Le temps de s’éloigner un peu de soi pour reprendre des forces et lutter contre ses démons fictifs. Ne pas arrêter d’y croire, mais croire à ce que l’on ne peut voir. Ne plus croire à cette emprise nocturne.

L’inconnu a toujours été moins angoissant que le connu irréel. Les songes et les pensées ne sont pas des rêves. Aucune de trace de leur réalité. Rien ne s’est avéré vrai, et pourtant, vous êtes passés me voir.

Une légère torture avec un objectif inconnu.

folie

puisque tout le monde est fou,

pourquoi pas moi ?