Archives de l’auteur : Xavier

Avatar de Inconnu

A propos Xavier

Dreamer

note

20110925-194709.jpg

« Alors
ils suivirent le chemin
qui mène aux villes »

Jean Cocteau « Œuvres poétiques complètes »

note

20110920-082843.jpg

J’ai l’intime conviction que l’on écrit toujours à quelqu’un, jamais pour soi. Et les correspondances silencieuses se délitent dans l’univers, sans laisser de traces. Perception désaxée, sans repère qui ne vaille, seulement vaciller.

note

« Pour nourriture, j’ai mes soupirs, comme l’eau s’épanchent mes rugissements.

Toutes mes craintes se réalisent et ce que je redoute m’arrive.

Ni tranquilité ni paix pour moi, et mes tourments chassent le repos »

JOB, 3, 24-26 

note | suite

Bis repetita | Aimer les évidences que l’on ne veut pas comprendre. Ne posséder qu’une « connaissance relative » des événements, des objets, des individus… et se tromper toujours, indéfiniment.

Mais essayer de démêler le « préjugé du monde »…

« Dans l’espace lui-même et sans la présence d’un sujet psychophysique, il n’y a aucune direction, aucun dedans, aucun dehors. (…) Il y a un premier dogmatisme, dont l’analyse réfléxive nous débarasse et qui consiste à affirmer que l’objet est en soi ou absolument, sans se demander ce qu’il est. (…) La perception extérieure et la perception du corps propre varient ensemble parce qu’elles sont les deux faces d’un même acte. » Maurice Merleau-Ponty | Phénoménologie de la perception.

En préparant ce billet, les mots de notre soupir 59, Denise, me parvenaient par mail sur la perception de l’oeuvre de Charles:

« Sa pensée diffuse la brume de ses idées. Il était là entre deux mondes à écouter la venue de la nuit. Mais il s’envola vers la lumière. Il était là au creux d’une conception à s’embrouiller comme le bon vin saoule. »

note

20110909-032903.jpg

Aimer les évidences que l’on ne veut pas comprendre. Ne posséder qu’une « connaissance relative » des événements, des objets, des individus… et se tromper toujours, indéfiniment.

« C’est parce que votre vision est dirigée vers l’extérieur que vous parlez d’un extérieur. (…) En parlant des Cieux, on s’imagine qu’ils sont au-dessus ou au-dessous, intérieurs ou extérieurs, car on est habitué à la connaissance relative. On ne cherche que le savoir objectif, d’où ces idées. En fait, il n’y a ni haut, ni bas, ni intérieur, ni extérieur. Si ces notions étaient réelles, elles devraient aussi être présentes pendant le sommeil profond. Car ce qui est réel doit être continu et permanent. Quand vous dormez, vous sentez-vous à l’intérieur ou à l’extérieur? Bien sûr que non. » Sri Rāmana Maharshi

note

© Oeuvre de Charles Maussion

Je comprends sans comprendre & ne comprends pas tout en comprenant. Étrange impression de perdre la sensation du réel, une perception passagère qui oscille entre les silences.

« Non seulement le non-né n’est pas incapable de prendre naissance, mais encore tous les êtres sont dans leur individualité des esprits non-nés, éternels sans commencement ni fin, et dans leur existence essentielle et leur universalité tous sont l’Esprit unique non-né de qui la naissance et la mort sont seulement le phénomène par lequel il assure une forme et en change. » – Commentaire de Shrî Aurobindo sur La Bhagavad-Gîtâ, 

note

20110907-110254.jpg

Je préfèrerais ne plus penser à rien plutôt que de croire encore en quelque chose.

Apprendre à ne pas penser et désapprendre à croire.

Sans le vacarme des pensées.

Dans un parfait silence,

Ne rien attendre.

Être là.

Seulement là.

© Tableau: Charles Maussion

note

suite

« Nous sommes pris dans le monde et nous n’arrivons pas à nous en détacher pour passer à la conscience  du monde. »

Maurice Merleau-Ponty | Phénoménologie de la perception 

© oeuvre envoyée para Claudine Mangen-Sales en complément de la note du 4 septembre |  colors and pastels

 

 

 

note

20110904-102010.jpg

Comprendre les évidences, les accepter puis déposer les larmes. Sans l’autre, il y a des épopées qui ne mènent à rien, même rêvées.
Délicatement et sans bruit, chercher le sourire. Puis, le conserver à jamais dans ses souvenirs.

© dessin prêté para Claudine Mangen-Sales | colors and pastels

toutes les directions | christine jeanney | #vasescommunicants

– Ne crois-tu pas que tu te trompes ?
Il faudrait savoir à qui s’adresse cette question, si on se trompe collectivement. Quand on se lève, qu’on allume la radio, les bruits de partout, comment ça s’organise. On se trompe peut-être depuis le début du réveil ?
– Comment essayer de t’expliquer à qui cela s’adresse, j’y pense continuellement. Pas un instant sans que cette question obsédante revienne à mon esprit, le matin, la nuit. Pas de relâche. Pas de jours fériés. Pas de vacances. Non. Seulement cette question, sempiternelle interrogation qui fait surface dès que j’émerge au monde. Est-ce moi? Est-ce toi? Ne crois-tu pas que l’on se trompe? Tous, chaque jour, à chaque instant.
prendre des indices, il faut prendre des indices. Il y a l’histoire de cet homme qui dévissait les pancartes, pas n’importe lesquelles, seulement celles qui lui rappelaient quelque chose de joli. On pourrait faire ça. Prendre les indices. Quelle pancarte tu voudrais désemmancher du sol et allonger doucement – les précautions que tu prendrais – dans le coffre de ta voiture ?
– Oui, tu as raison. Il faut que nous prenions les indices. Mais j’ai si peur de ne plus les percevoir, de passer bêtement à côté sans les avoir vus. De les dépasser comme je le suis, moi aussi, dépassé. Peux-tu m’aider? Veux-tu m’aider? Je ne discerne plus les évidences. Je ne distingue plus les belles choses. Mais ne t’inquiète pas… Je les garde en moi. Te souviens-tu de cette exposition sur les jardins impressionnistes? Te souviens-tu de l’affiche? C’est elle que je souhaiterai aller désemmancher si elle était encore suspendue dans la rue? Oui. C’est elle.
cette affiche, je pourrais la voir en me penchant un peu. Ou ce serait très flou et très boisé, de la glycine. Les pancartes nous rassembleraient autant qu’elles nous séparent, alors ? (décidément, les questions viennent se coller à nous comme des mouches, et si on les immobilisait d’une claque sèche ?) (oh, encore une, je crois que c’est peine perdue…) Sur ma pancarte, le nom d’un village et un kilométrage fluctuant. Rouler vers lui, et qu’au lieu de s’en approcher on s’éloigne, ou l’inverse. Les pancartes rassemblées en bouquet montreraient toutes les directions, toutes.
D’une claque sèche les immobiliser… plus de questions, aucune. Immobilisées une fois pour toutes grâce à une simple petite claque sèche. Tu la donnes, je la donne? Ne doit-on pas se résoudre à la donner cette claque pour continuer à avancer à reculons vers ce village dont on s’approche en s’éloignant? Ne crois-tu pas que l’on se trompe à vouloir suivre une seule route, un seul chemin? Plus on s’approche, plus on s’éloigne, la vie n’est-elle pas toujours ainsi? Et moi, je joue avec ces questions sans même m’en apercevoir? Cette claque, je crois qu’il faut que tu me la donnes, il y a trop de questions. On choisira la direction après, tu piocheras dans le bouquet. Mais je n’en suis plus sûr… Nous sommes-nous réellement réveillés?
Nommer, désigner, lire à voix haute le nom des villes sur les panneaux, en faire une liste ouverte, poser sous chaque nom sa propre tessiture, ce que nous appartient, entre soi et la ville le lien, nommer, désigner et s’emparer des directions, fouiller en soi pour les tenir (car elles s’échappent), nommer, désigner, avaler. Et les questions seraient les lieux.
Alors, ne crois-tu pas que nous avons enfin compris? Nous les avons suivis, nous avons vus les lumières, nous avons entendus leurs sirènes mais nous n’y sommes jamais parvenu. Nous les avons arrachés, emmenés avec nous. Nous aussi nous voulions que cela soit beau. Oui, seulement beau. Nous aussi nous avons voulu brouiller les pistes, garder l’essentiel. Nous avons senti que cela n’allait pas droit. Les indices, les villes, leurs pancartes. Ne crois-tu pas que nous étions perdus et que l’on se perd encore… avec joie.

20110902-073832.jpg

Merci Christine Jeanney pour ce dialogue des vases. Les Autres Vases Communicants du mois de septembre.

être #2

Oui, je comprenais qu’elle veuille se situer là. Mais je ne la comprenais pas.

Elle aurait désiré que ce moment ne cesse jamais mais elle devinait déjà que cela ne pourrait pas durer. Ce n’était qu’un passage, un pont tendu entre deux rives. Et elle, elle se situait sur ce pont, dont elle ne connaissait pas l’étendue. Elle ne connaissait pas la distance parcourue, si elle venait de commencer la traversée ou si elle s’approchait de son terme. Quel temps était-il nécessaire pour atteindre l’autre côté? Était-il possible de ne jamais quitter ce pont, de rester là  en suspension? Des questions, elle ne voulait plus s’en poser? Les questions la rendaient folle, elle les fuyait maintenant. Elle avait vu tant d’individus autour d’elle se poser des questions, sans arrêt et sans jamais trouver les réponses qui leur convenaient. Fallait-il encore s’interroger sur tout ce qui nous entourait? Existait-il de vraies réponses à ces interrogations qui traversaient l’humanité depuis ses origines? Ici, il n’y avait aucune énigme à élucider. C’était absolument calme. Ce calme c’était son mystère, à elle. Oui, le sien. Le mystère que l’on ne partage pas. Plus elle restait là, plus elle propageait ce mystère autour d’elle. C’était sans doute ce petit quelque chose qui subsistait lorsqu’elle redescendait de son rebord et qu’elle pénétrait de nouveau au monde. Elle, elle ne le voyait pas, mais nous, nous étions, et je prends la liberté de pouvoir parler au nom de tous, éblouis par ce halo sibyllin que nous percevions mais que nous ne pouvions pénétrer. Elle était là sans être là, et plus elle était absente, plus la trace qu’elle laissait s’amplifiait.

Je crois qu’elle ne s’en rendait pas compte et je ne sais si cela l’aurait fait sourire de le savoir. 

Sans doute que oui.

être #1

Elle s’assit sur le rebord. Un peu en équilibre, certes, mais cela lui était égal, elle voulait être là et pas ailleurs. Ici, elle pouvait s’extraire de son quotidien. Elle pouvait ne plus penser aux autres, ne plus penser à elle. Elle était dans la photo. Elle était la photo. On la devinait de dos, les bras tendus le long du corps, les mains arrimées sur le rebord. D’ici, on aurait presque pu croire qu’elle allait sauter, se laisser choir. Mais non, elle voulait seulement être hors de, à l’extérieur. Elle voulait seulement toucher le bleu du ciel, le sentir l’enrober de sa douceur. C’était le seul endroit qu’elle avait découvert, dans ce monde infini et bruyant, qui lui offrait le bonheur d’exister. D’exister par son être, par son corps tout entier. Elle n’avait ni besoin de penser, ni besoin de réfléchir, seulement de respirer. Elle se demandait même, avec son sourire d’enfant qu’elle n’avait jamais réussi à perdre, si l’air qu’elle inspirait était lui aussi de la couleur du ciel. Bleu, les jours dégagés et ensoleillés, ou gris, les jours de pluie. Elle aimait être ici, rien ne l’agressait dans sa solitude. Elle n’était pas seule. Ce n’était pas un désir de solitude qui l’entraînait sur le rebord de la fenêtre. Non. Ce n’était pas cela, c’était plus proche d’un sentiment de plénitude, de prise de conscience. Ici, tout lui souriait et elle le rendait bien en retour aux cieux avec son magnifique sourire, les yeux pointant vers le bout de ses souliers. Oui. Tout lui souriait, personne ne l’agressait. Elle ne rêvait qu’à de tendres moments, les moments qu’elle vivait avec ceux et celles qu’elle aimait. Ils n’avaient pas de visages en ce lieu. Elle arrivait à ne souvenir que du moment, la perception de cet instant vécu. Elle ne souhaitait pas mettre de nom sur ces visages. Cela n’avait aucune importance pour elle.

Elle aimait être ici. 

Et je la comprenais.

[la]#15 | les anamnèses

– Ne crois-tu pas que tu te trompes?
– …
– Ne le comprends-tu pas? Est-ce trop difficile pour toi de voir la réalité? Qu’essaies-tu de fuir? D’effacer? Tu ne vois donc pas qu’il n’y a pas le choix?
– …
– Mais réponds-moi. Dis quelque chose. Pourquoi me regardes-tu, sans un mot? Je vis moi. C’est monstrueux de rester impassible comme tu le fais!
– Non… Non. Je me réfugie dans la réalité de mes rêves.
– Mais pourquoi? Pourquoi?
– Parce que je suis là, ici et maintenant, pour toujours.
– Alors emmène-moi avec toi.
– Tu es déjà là et tu ne veux pas le voir.
– Je te déteste.
– Si tu veux. Cela ne signifie rien. C’est un rêve. Tout y est possible. Les émotions s’enchaînent et se mêlent. Nous vivons tout à la fois. Il n’y aura pas de traces et cependant cela aura eu lieu. N’aie crainte.
– Je préfère quand tu ne dis rien. Tu me fais peur.
– …
– Où es-tu?
– Dans mes rêves, dans tes rêves.
– …

note

20110822-101706.jpg

Essayer de me persuader de persévérer à deviner les mystères qui fluctuent autour de moi sans autre fin en soi. Sentir.
Seulement lire et écouter les mots des autres. S’imprégner au plus profond de soi de leurs mots. Puis être calme. Avec eux.
Aimer lire, c’est aimer l’autre. Aimer lire l’autre, c’est aimer.
Être là.