L’idée n’a jamais été d’abandonner. Ni l’écriture. Ni le reste, difficile à représenter. Seulement, parfois, on pense qu’il faut arrêter quelque chose pour être meilleur ailleurs. Meilleur ailleurs. C’est où d’ailleurs ailleurs ? On se persuade que cela n’a pas d’importance, qu’il est plus judicieux de se concentrer sur une chose, une seule chose, que l’on ne doit rien laisser passer, rien qui ne soit autre que ce que l’on est censé faire. Accomplir. Et puis, on finit par y croire, par se croire, et on finit aussi par ne plus rien voir. On avance dans le noir et tout est clair pour ceux qui sont autour de vous. Pourquoi avoir des doutes s’il est possible de ne penser à rien? On peut se défaire de sa pensée, on peut aussi réfléchir le moins possible ou essayer de réfléchir inutilement, pour le faire croire. Faire croire pour ne pas se poser de questions, ni les bonnes ni les mauvaises. Éviter de s’attarder sur ce qui faisait vibrer avant, avant quoi ? Avant de s’être élancé dans cette course perdue d’avance. Celle que l’on avait vu se dessiner dans les yeux des autres. Et pourquoi pas ? Ne réfléchis pas, fonce. Essaie d’avancer, un peu plus vite, ne perds pas le rythme, regarde-le, regarde-la, tu vois quand même, tu vois bien que c’est le chemin à suivre. N’oublie pas de faire comme lui, comme elle. Ils pourraient t’aider peut-être. T’aider à quoi d’ailleurs. Tu sais très bien ce que tu as faire mais que tu ne fais pas ou plus. Tu ne veux plus te faire croire que tu n’es pas responsable. Bien sûr que si tu l’es. Ne crois pas tes fantômes, ceux qui te réveillent dans ton sommeil. Ils sont comme eux. Ils te guident là où tu ne veux pas aller, là où tu n’as jamais voulu aller. Mais il le faut. Il faut y aller pour voir, pour le croire. Après tu décideras. Après, peut-être, tu te décideras. Oui, tu apprendras peut-être à te décider. Et tu seras meilleur, meilleur ailleurs.
Archives pour la catégorie Note
ni queue ni tête (1)
Le sens n’est pas important.
Il naît pas important et il n’est pas important.
Cherchons l’espace qui se situe entre le réel et le rêve. Asseyons-nous, fermons les yeux.
Comment est-on arrivé là ? Je n’ai pas eu l’impression de suivre le chemin tracé, et puis il devait être là, je ne me suis pas distingué de la voie ouverte mais pas claire.
Il n’y a pas de sens, ni commun ni bon. Il n’y a seulement pas de sens. On ne voit plus rien, ni devant nous, ni derrière nous.
On a oublié que l’autre, quelqu’un différent de soi, pouvait être là.
On s’est perdu sur le chemin qui ne mène à rien. Mais, comment a-t-on fait ?
On n’aurait pas dû se perdre. On ne pouvait pas se perdre. Pas avec ce que l’on nous avait dit ou appris.
On devait écouter, observer et comprendre.
On devait y arriver. C’était sûr.
Et puis on s’est perdu.
De vue. De vie.
On a trébuché.
Ensemble je crois. Je n’étais pas seul lorsque j’ai trébuché.
Messages entre amis

En fait, j’essaie surtout de ne pas trop me compliquer la vie pour le moment et de prendre les choses telles qu’elles viennent.
J’apprends.
Après, mes souhaits, mes envies j’essaie de ne pas trop y faire attention, comme ça pas de faux espoirs, ni de déceptions.
Il y a des trucs positifs, donc je me concentre sur eux. Le reste, j’essaie de laisser filer et de ne pas trop m’y attarder.
J’essaie de ne plus croire à mes insatisfactions. La vérité, c’est dur, mais j’essaie quand même et puis ça passe.
C’est drôle, depuis hier, ton mot m’a fait vachement réfléchir : «J’espère que pour toi ces changements sont positifs !»
Merci, car il fallait vraiment que je me pose la question simplement.
J’ai partagé avec toi ma réponse du moment, je crois que c’est celle qui se rapproche le plus de la réalité.
le ciel autour
Ils regardaient le ciel, lui à México, elle à Tokyo.
Deux paires d’yeux levés vers la même voûte, mais séparés par la courbe de la Terre, le décalage horaire, et tout ce qui fait que deux êtres ne peuvent jamais vraiment habiter le même instant. Pour lui, c’était un crépuscule orangé aux nuages effilochés comme des cheveux d’anges ; pour elle, une aube teintée de bleu pâle, de ces matins où l’on ne sait jamais si la nuit a vraiment pris fin.
Vincent vérifiait machinalement ses notifications tout en observant le ciel. Son pouce glissait sur l’écran par automatisme, ce geste répété mille fois par jour, devenu aussi inconscient que la respiration. Un point lumineux attira son attention — pas dans le ciel, mais sur l’écran. Une réponse à son message sur la fragilité des marchés émergents. « @ClaireP : Les économies, comme nos existences, oscillent entre l’éphémère et l’éternel, suspendues sur le fil du hasard et de la nécessité. »
Il souleva un sourcil. Une phrase étrangement précise, comme si elle avait été écrite pour lui seul. Une professeur française, selon sa biographie. Comme lui, en voyage, mais à l’autre bout du monde.
Les jours suivants s’écoulèrent dans une routine confortable mais creuse. Vincent enchaînait les réunions avec des investisseurs mexicains, parlait de projections financières, de rendements, de prises de risque, tandis que ses collaborateurs prenaient des notes avec une attention variable. Entre deux rendez-vous, il vérifiait son téléphone. Les messages de Claire étaient devenus des fenêtres dans sa journée, des trouées de lumière dans le pragmatisme implacable de son quotidien.
« J’ai rêvé de toi hier, » lui écrivit-elle un soir. « C’est étrange de rêver d’un visage qu’on n’a jamais vu. »
« Comment étais-je ? » demanda-t-il.
« Tu avais des yeux comme des miroirs borgésiens. Je pouvais me voir dedans, mais pas toi. J’écris justement un essai sur les doubles et la fragmentation du moi. »
Ce soir-là, il s’endormit pensant à elle et se réveilla avec l’impression d’avoir écrit toute la nuit, bien qu’aucun mot ne fût couché sur le papier.
Les frontières commencèrent à s’estomper doucement. Souvent, les messages arrivaient avant même qu’il n’ait formulé ses questions. Parfois, il trouvait des pages manuscrites sur son bureau, remplies d’une réflexion sur l’identité qu’il n’avait jamais écrite, dans une écriture qui n’était pas la sienne mais qu’il reconnaissait d’instinct.
Un matin, il trouva un exemplaire du dernier livre de Claire posé sur son oreiller. Impossible, songea-t-il, impossible puisque l’ouvrage n’était pas encore paru, qu’elle lui en avait seulement parlé la veille. Quand il tendit la main, le livre se dissipa comme une brume d’encre.
« Je crois que je perds la raison, » écrivit-il à Claire.
« La raison est surestimée, » répondit-elle instantanément. « Comme l’écrivait Bataille, c’est une mince couche de vernis sur l’océan du mystère. »
Vincent commença à noter les coïncidences. Les concepts qu’elle développait apparaissaient ensuite dans ses présentations professionnelles sans qu’il ne se souvienne les y avoir intégrés. Des objets se déplaçaient dans son appartement. Un carnet rempli de notes, encore ouvert, qu’il ne se souvenait pas avoir rédigé. Des citations de Merleau-Ponty et Bachelard griffonnées dans les marges de ses rapports trimestriels, d’une écriture qui n’était pas la sienne.
Une nuit, il se réveilla en sursaut. Une silhouette se tenait près de la fenêtre, contemplant la ville illuminée. Quand il alluma la lampe, il n’y avait personne. Mais l’empreinte d’un corps sur les draps à côté de lui était encore tiède, et un parfum subtil qu’il reconnaissait flottait dans l’air.
« Je crois que nos esprits communiquent au-delà des mots échangés sur cette plateforme, » écrivit-il à Claire.
« Nos esprits ? Ou nos âmes ? » répondit-elle. « Peut-être que c’est dans la réalité prosaïque que nous sommes séparés, et dans l’espace métaphysique que nous sommes enfin réunis. »
Lors d’une réunion cruciale avec un client important, il se surprit à citer Kierkegaard et Levinas pendant dix minutes. Ses collègues le regardèrent avec inquiétude. Il n’avait jamais étudié la philosophie.
À Tokyo, Claire trouvait des contrats financiers annotés sur son bureau. Elle respirait l’odeur d’un café de spécialité mexicain sans jamais en avoir commandé. Ses rêves étaient peuplés de chiffres, de graphiques, toujours des projections qui s’entremêlaient à ses réflexions philosophiques.
Un jour, sans aucune explication, les messages de Claire cessèrent. Son profil s’évanouit. Comme si elle n’avait jamais existé. Vincent chercha frénétiquement, contacta la plateforme, mais personne ne trouva trace d’un compte à ce nom, ni d’une professeur française nommée Claire dans les bases de données universitaires de Tokyo.
Il acheta un billet pour Tokyo. Dans l’avion, il se demanda s’il n’était pas en train de poursuivre un fantôme. Mais les mots qu’ils avaient échangés étaient bien réels, imprimés dans sa mémoire avec la netteté d’une gravure.
À l’aéroport de Narita, il sentit une présence familière. Un sentiment d’intuition philosophique le guida à travers la foule, comme un fil invisible qu’il suivait, comme dans un rêve lucide.
Cette intuition le conduisit devant une femme qui regardait le ciel à travers la grande baie vitrée. Elle se tourna vers lui lentement, comme si elle l’attendait depuis toujours.
Mais ce n’était pas Claire. C’était lui-même, dans un miroir qui n’existait pas, avec des traits légèrement différents, plus doux, plus féminins, mais incontestablement les siens.
« Nous sommes les deux moitiés d’une même conscience, » dit son reflet. « Le pragmatique et la métaphysique, l’action et la contemplation, séparés par des mondes parallèles, réunis par des fissures dans la réalité. »
Quand il tendit la main, leurs doigts se touchèrent à travers une membrane invisible. Une décharge violente parcourut son corps. Le terminal de l’aéroport vacilla. Les gens autour d’eux semblaient ralentir, puis s’immobiliser complètement.
Elle comprit alors. Il n’y avait jamais eu de Vincent. Ou peut-être n’y avait-il jamais eu de Claire. Peut-être n’étaient-ils que les fragments d’une conscience éclatée à travers des dimensions différentes, cherchant à se reconstituer. Une illustration vivante de sa propre théorie sur la dualité de l’être et la quête de complétude.
Le monde autour d’eux commença à s’effacer, pixel par pixel, comme une image numérique qui se dégrade.
« Tout n’est qu’absparition, » pensa-t-elle avant de disparaître.
A toi

À toi,
Je t’embrasse,
Tu me manques déjà tant,
Je t’aime.
note

Regarder le ciel,
Penser à vous.
Joyeux Noël à toutes et à tous.
Ici ou ailleurs.
Toutes mes pensées,
à celles et ceux
que j’aime.
note

L’esprit rationnel et cartésien m’a tué
note

On se fatigue de s’excuser.
Françoise Sagan
note

Plus personne ne sait dire non.
Être. Là.

Être vivant,
Être mort,
Être.
Là.
Charles Maussion | sans titre, 1961
Être vulnérable
Être vulnérable,
et être là pour l’autre.
Comment identifier ce qui nous rend vulnérable ?
Aller au-delà de sa vulnérabilité ou de la vulnérabilité de l’autre.
L’accepter et la respecter,
simplement.
Être là pour soi,
et pour l’autre.
note
Marcher et ne plus s’arrêter de marcher penser et ne plus s’arrêter de penser marcher pour ne plus penser penser à ne plus s’arrêter de marcher garder le rythme marcher au pas un pas après l’autre marcher et ne plus arrêter de marcher penser sans s’arrêter de marcher ne plus penser à s’arrêter marcher marcher.
note
Écrire le maximum de choses possible avec le moins de mots possible.
note
Je lutte avec, et souvent contre, mes états mentaux.
