note

La journée se termine et la pluie bat son plein.

Apparemment, aucune corrélation entre les deux événements. L’éloignement et la solitude, la nuit et la pluie, me précipitent là où je ne veux pas chuter. C’est irrésisitible, il faudrait passer au travers. Lutter. Ne pas s’arrêter, passer son chemin. Ne pas s’écouter. Ne pas se laisser aller. De délicieuses formules maléfiques surgissent du néant et vous paralysent instantanément. Impuissance humiliante de ne pouvoir affronter l’ombre noire et glaçante qui vous absorbe intégralement. Accepter sa faiblesse horripilante. Être suffisamment lâche envers soi pour dissimuler ses angoisses. Être suffisamment lâche avec l’autre pour achever de se haïr. Ne plus lutter, se résigner. Encore une fois.

La journée se termine et la pluie bat son plein.

Être là.

 

 

note

L’écriture n’est que correspondance.

La volonté n’est pas d’écrire, non, ôtons-nous cette idée. Nous correspondons, nous nous accordons. Accord. Mélodie. Avec qui…?, l’objet de la correspondance n’est sans doute pas seulement là. Il flotte, comme ce nuage. On peut le voir, l’avoir vu, comme l’on peut tout aussi bien être passé à côté. Sans le voir, ou pis encore, en feignant de ne pas le voir ou l’avoir vu. Écrire, accoler des mots entre eux, n’est pas un exercice de l’esprit mais un débordement du coeur. L’esprit n’est là que pour respecter les règles, logiques, d’une grammaire imposée. Mais le fond, la source, l’origine, ne découle pas de l’esprit. Le style peut-être. Malheur à celui qui n’a pas de style. Les portes se refermeront devant lui. Vous écrivez et vous pensez. Mais à qui(s) pensez-vous? Ne vous offusquez pas, croyez. Nous correspondons, et si nous nous correspondons, alors ces mots sont à vous. Vous qui savez, gardez-les précieusement auprès de vous. Pour vous. Ne cherchez pas plus loin, faites vôtre ce que vous voyez, ce que vous sentez, ce que vous ressentez. Quand vous observez une photo, un croquis, une toile. Quand vous écoutez une musique, une fois, ou en boucle. Quand vous lisez. Quand vous comprenez enfin que c’est aussi pour vous. C’est aussi pour vous. Oui, pour vous. Nous correspondons. Vous voyez ce nuage rose. Oui, vous le voyez. Et il est là, pour vous. Vous. Parce que cette correspondance, cet accord, entre nous, est là. Nous sommes ensemble juste maintenant, là. Et, le mystère se dévoile ainsi, entre nous. Oui nous correspondons et vous correspondez. Nous nous accordons, même si nous fuyons. Les coeurs s’unissent, pas les esprits. Pas l’intelligence. L’intelligence désunit et manipule. Laissons-nous seulement porter. Ne cherchons pas ce qui n’a pas lieu d’être. Être tout simplement simple.  Être là. Et vous le savez. Vous le savez parce que vous êtes là, et pas ailleurs.

Vous me correspondez, mais peut-être, feignez-vous de le savoir?

Être là.

note

Encore égaré quelque part, au loin, entre deux atmosphères. Pas le temps de comprendre, pas le temps d’identifier. Seules des couleurs imprimées, qui surgissent de jour comme de nuit, nuit et jour. Égaré sur un planning, sur un agenda qui se remplit seul. Un agenda accessible à tous, par sécurité. Pour pouvoir se saisir au vol. Que dit-on autour de moi? Puis-je m’asseoir avec vous? Écouter vos histoires, l’histoire de vos vies, vos envies, vos désirs, vos peines et vos souffrances. Que faites-vous là vous aussi? Vous aviez rendez-vous avec quelqu’un, quelque part? Où allez-vous après? Est-ce vraiment important que vous y alliez? Vous posez-vous des questions? Lesquelles? Aidez-moi. Donnez-moi une piste! Y a-t-il un sujet sur lequel vous n’ayez pas trouvé de réponse? Peut-on en parler ensemble? Peut-on parler ensemble? Pourquoi y pensez-vous? Ne serait-il pas plus facile de ne plus y penser? En avez-vous envie? Pourquoi en avez-vous envie? Les problèmes sont-ils tous les mêmes? Ne s’agirait-il que d’un doute de traduction? Une confusion? êtes-vous sûrs de vous? Avez-vous confiance en vous? Avez-vous confiance en moi? Pourquoi? Que vous manque-t-il vraiment? Le savez-vous? Vous posez-vous la question? Vous posez-vous les mêmes questions où que vous soyez? Ne jugez pas, exprimez-vous seulement. C’est impossible me direz-vous. L’est-ce vraiment? Qu’y a t-il de possible et d’impossible? Est-on le même ici ou ailleurs? Où le mouvement général nous entraîne-t-il? Faut-il se mêler à la foule? Qui veux-je écouter? Peut-on seulement prendre un peu de temps pour se regarder et s’écouter?

Puis, ne rien se dire. Ne plus rien se dire. Se poser les questions et lancer au vol des réponses. Attendre, assis n’importe où, devant sa table de cuisine ou dans une hutte perdue au fin fond de la forêt. Ne plus se poser de question? Ne plus déranger?

Mais, partager. Partager ce qui reste. Partager ce qui a été. Partager ce qui sera… Être là.

note

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Les mots dits ne sont pas maudits. Ils sont dits.

le lac | Alphonse de Lamartine

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

 » Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

 » Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

 » Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

 » Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons !  »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Le Lac | Alphonse de Lamartine

Aviez-vous vraiment lu, lentement, ce poème?

 

 

 

 

 

 

note | viens t’asseoir

Les bancs publics nous rappellent que l’homme a existé. Tu es libre de t’y asseoir et d’oublier ce qui te chagrine. Tu peux aussi t’y arrêter et voyager avec moi. Je mourrai avant toi, alors tournons-nous et regardons.

Invitation au silence et à la contemplation. Trop de bruit ici. Il faudra revenir, après…

note

ton image d’hier | christophe sanchez | #vasescommunicants

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(illustration)

Je revois ton image d’hier déroulée sur une bobine. Un vieux film sépia projeté en super8 sur les murs de ma chambre, ton visage ovale, tes yeux dragées qui roulent sur la caméra, qui jouent avec. Tu balances, tu danses, tu tournes dans une robe légère, tes boucles au vent dans un voile qui t’enveloppe, toi et un bonheur de carte postale. Je te vois grandir, changer. Tu sais, c’est comme un mauvais flash-back guimauve qu’on peut voir aujourd’hui dans les séries américaines. Un fondu dans le portrait, un morphing de deux personnes, la jeune, la vieille. Tout le monde sait que ce sont deux femmes différentes, deux actrices – la mère la fille, peut-être – mais on se prend à y croire, la nostalgie en nuance des séquences qui émeuvent.

Je bloque quelques images, une pause dans mon film, j’arrête un instant, fige pour mon éternité des postures improbables. Des clichés à deux balles, des souvenirs fabriqués, passés à la moulinette de mon inconscient, fragmentés et arrêtés par mon envie d’édulcorer le passé, de le filtrer pour ne garder que le meilleur. Je te triche, tu vois, te maquille de mes émotions pour ne plus penser à tes derniers instants. D’ailleurs, ça floute quand je remonte trop le temps, quand je décompose plus en avant, que des rides apparaissent sur ton visage pimpant. C’est faux tout ça, jamais tes traits ne se sont distendus, jamais vu les griffes du temps sur ta peau.

Tu es partie trop vite, les joues en creux fouillées par la faim. La fin, tu la savais proche, imminente, mais tu n’en disais rien, seul ton corps parlait. Je l’ai entendu souvent crier, ton ventre en convulsion et ta bouche en cannelure sèche. Longtemps j’ai cru que tu l’entendais, que tu allais te redresser, trouver dans mon regard de quoi t’alimenter et vivre, et continuer à tourner super8. Mais un jour tu n’as plus dansé, le voile te collait trop à la peau. Tes cheveux, boucles défaites, sont tombés comme le temps, des secondes une à une en miettes sur ton lit. Des os ont jailli sous ta poitrine, ont pointé comme des couteaux sur tes épaules en lambeaux. Tu disparaissais sous mes yeux, tu n’étais plus qu’un masque de fer crevé de deux dragées en larmes. Il était là le vrai fondu de cinéma, le vrai morphing, mais pas des plus léchés pour les séries américaines, des images qu’on ne projette pas. Du reste, tu vois, les murs de ma chambre n’en parlent pas.

Un grand merci à Christophe Sanchez (auteur de fut-il ou versa t’il dans la facilité) pour ce magnifique texte que j’accueille dans le cadre des Vases Communicants du mois de juillet 2011.

Liste vases communicants:

Isabelle Pariente-Butterlin http://www.auxbordsdesmondes.fr/ et G@rp http://lasuitesouspeu.net/
Camille Philibert-Rossignol http://camillephi.blogspot.com/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/
Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et François Bon http://www.tierslivre.net/
Juliette Mezenc http://www.motmaquis.net/ et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

note(s)

Ne rien comprendre à rien est fondamentalement handicapant mais si amusant.

Cette avancée irrémédiable vers ce je ne sais où… Que se passe-t-il vraiment entre le début et la fin? Est-ce dont cela? Le milieu, le entre deux. J’ai un peu de difficulté à en comprendre le sens si sens il y a… Ne sommes-nous pas ceux qui ont inventé des justifications d’existence entre la naissance et la mort? Le vivre est une chose, lui donner un sens est une autre chose.  Se poser des questions s’apparente presque à une faiblesse d’esprit finalement. Aucune importance. Peu importe. Néant consolateur.

Nous sommes manifestement inachevés. Si la vie future devient numérique. Nous n’aurons plus le désir de rien. Les matières n’auront plus lieu d’être. Sentir le grain d’une peau, toucher l’écorce. Humer. Laisser filer l’eau glacée entre ses doigts… Comment et pourquoi le numériser? Pour laisser une trace de souvenir?

Éphémère effet mère

Perceptions hallucinatoires: Je crée un monde dont tout le monde s’échappe en courant. Mauvais rêves. Systématique répétitive.

Changeons nos visions. Ni virtuel ni réel. Seulement possible.

Avant de vous enfuir, passez lire fermer les yeux.

 

 

note | les mains sur le visage

« Qu’est-ce que l’acte de création?

Un créateur, c’est pas un être qui travaille pour le plaisir. Un créateur ne fait que ce dont il a absolument besoin. […]  Seul l’acte de résistance résiste à la mort, soit sous la forme d’une oeuvre d’art, soit sous la forme d’une lutte des hommes. […] Quand on vous informe, on vous dit ce que vous êtes sensés devoir croire. »

Conférence de G. Deleuze donnée dans le cadre des mardis de la fondation Femis (17/05/1987) | lire ici 

extrait | Isola, insula

« Et le poète, plus retiré que jamais dans les abysses de sa cécité, et plus solitaire que le premier et le dernier des humains, ne voit plus autre chose que les mots dont il sature sa page blanche et il se prend à croire qu’il vit ce qu’il écrit et qu’il écrit ce qu’il vit et il avance son authenticité comme une cuirasse matricule, sous laquelle il bombe le torse – cependant que son indentité est périmée depuis le commencement, et que la plus belle phrase du monde est un leurre et un pur divertissement, apothéose d’oubli de la condition sans condition, inhumaine condition humaine de n’être rien ni personne pour personne et pour rien. »

Claude Louis-Combet | D’île et de mémoire | Extrait de Isola, insula | Éditions José Corti 

le préau des collines nº 12 | Traces d’Aubes et de Nuits

Sculpteurs, peintres, poètes 
Le préau des collines, n°12 est paru

Deux dossiers pour ce numéro : Mohammed Khaïr-Eddine : l’œuvre du grand poète marocain et Traces d’aubes et de Nuits : sculpteurs et peintres

En souvenir de notre ami Daniel Puymèges quelques textes de Pierre Bergounioux, Christian Bobin, Pierre Michon, Jean-Paul Michel

Le deuxième dossier : Traces d’Aubes et de Nuits, assemble les sculptures et les peintures d’artistes contemporains ; leurs forces, leurs talents peuvent sembler divergents. Mais au-delà des singularités essentielles, la sincérité, le refus de se courber devant les facilités bavardes du moment les assemblent. Eugène Dodeigne / Laurence Jeannest / Francis Limérat / Pierre Édouard / Denis Martin / Agnès Munier / Jocelyne Colin. / Charles Maussion.

Puis, comme on frappe une cymbale, les textes de femmes et d’hommes proches de la revue accompagnent ces riches dossiers. Gabrielle Althen / Jean-Paul Bota / Geneviève Huttin / Christiane Veschambre.

Site: http://www.preaudescollines.fr/ | Contact: preaudescollines@orange.fr

note

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Mon identité numérique voyage plus que mon propre être. Serait-ce le début du don d’ubiquité tant recherché? Une éphémère permanence? Quel avenir nous réserve la trace numérique? A-t-elle vocation à s’effacer, disparaître? Peut-on percevoir un être par sa trace numérique qui file dans cette nébuleuse sans frontière physique ni temporelle?

Se retrouve-t-on un jour?

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Cela m’ennuie d’être condamné à tuer le temps. Ce n’est pourtant pas un crime.

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Constatant mes échecs et manques de discernement répétés tant personnellement et intimement que professionnellement, j’entrevois un semblant d’espoir avec l’observation d’un temps de silence et de réflexion.
Je désire (j’aime ce mot) me concentrer sur l’étude des connexions entre divers phénomènes qui m’intriguent et me passionnent dans mes relations à autrui et à l’univers (matériel) en général.
Perception, conscience, architecture (espace), art (création), temps, identité, sensibilité & sens.
La perception est sans doute le fil conducteur majeur de cette quête.
Si vous me lisez et si ce projet vous amuse, alors, s’il vous plaît, aidez-moi.
Je n’ai ni connaissance précise ni formation pointue, aucune méthodologie, aucune référence universitaire, je dispose seulement d’un profond désir d’apprendre et de découvrir et, d’un tout petit peu de bon sens, bien terre à terre.
Vous êtes les bienvenus.