[la] #1 | les anamnèses

« Cette histoire n’a pas de fin puisqu’elle n’a jamais réellement existé et ce, malgré la véracité non contestée de ces lignes… »

Anonyme

*

Contre toute attente, je suis revenu sur les traces laissées la veille par l’empreinte de mes pas sur la plage. Elles avaient disparues. Léchées minutieusement par les vagues. Aspirées grain après grain par le sable mouillé. Elles n’existaient plus. Je compris alors que le temps ne pouvait résister à rien, sous aucune forme possible. Il ne pouvait que disparaître à jamais, malgré mes vains efforts à tenter de le maintenir en vie dans mon esprit. Ma présence physique au monde se transformait en une banale rêverie individuelle. Chaque trace ébauchée s’effondrait comme le danseur de ballet exténué, suivant un mouvement circulaire et lancinant, une hallucination étourdissante. Je confondais existence avec mutation. Je croyais à la vie, mais il n’y avait qu’une énergie. Il était accessoire d’imaginer extraire quoi que ce soit de ces flux vitaux. Systématiquement l’ « un » revenait dans le tout et le tout dans le « un ». Seul l’épuisement total d’énergie pouvait mettre fin à ce spectacle sans explication acceptable. Aucun être, aussi unique eût-il été, n’existait en marge des éléments qui le composaient et de l’ensemble infini d’éléments dont il faisait partie. J’en arrivais à penser que rien n’était indissociable malgré son unicité apparente et concurremment improbable.

Certes, cela ne m’avançait pas spécialement. Mais, je considérais cette découverte cruciale pour le bon déroulement de mes jours à venir. Il était clair que rien n’avait d’importance et que tout pouvait arriver. L’évidence incontestable de cette conclusion enfantine m’amenait à observer mon sort et mon environnement avec un tout autre regard. J’étais calme sans arriver cependant à être rassuré.

C’est à ce moment là que je pris la décision de partir pour traverser le monde comme un épais nuage blanc flottant. Disparaître et réapparaître au gré du vent. Oublier mon nom. Voyage intemporel infini dans lequel je pouvais m’inscrire paisiblement sans être vu, ni reconnu. À l’image du nuage, acquérir l’humilité de ne laisser aucune trace pour atteindre la liberté absolue de l’âme. Parvenir à sa propre évaporation, en se nettoyant de fond en comble. L’entreprise n’était pas une mince affaire, mais je gardais l’espoir d’y arriver.

Ne plus être que l’élément de l’élément. La monade. Ni plus, ni moins.

C’est chaque jour #VasesCommunicants

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C’est chaque jour, tous les jours, plusieurs fois par jour. Des occurrences nerveuses où se cloîtrent retors les tourments et les plaisirs parcourant le corps de bas en haut dans un douloureux et sinueux parcours. Non, pas une heure sans que permutent les axes de la pensée, du bien au mal, dans un cortège sanguin permanent, inéluctable fin annoncée, consciente dans l’esprit, saumâtre sur le chemin. Chemin tortueux. Qui prend source à la plante des pieds, roule sur le craquement sévère de mollets ankylosés, se mêle au sang congestionné dans des canaux trop étroits, se débat avec les fourmis galopantes sur des cuisses trop raides, pour, en bout de course, mugir dans un bas-ventre tuméfié par l’afflux soudain d’une libido abandonnée, l’estomac en tambour essoré par la violence du manque. Une circulation abondante et folle paralysant les membres supérieurs, annihilant tout geste de défense dans une apparente immunité du dehors, un pacte de non-agression qui n’est autre que lâcheté d’esprit commué dans le corps. Ce corps, réceptacle de toutes les émotions, humilié, bafoué par l’abandon de l’autre, de soi-même, relégué au second rôle, se débattant dans un reflux de liquide violent. C’est chaque jour, tous les jours, plusieurs fois par jour.

Texte partagé dans le cadre des vases communicants par Christophe Sanchez que vous découvrirez  sur son blog fut-il ou versa t’il dans la facilité? Merci Christophe de m’accueillir chez toi ce mois-ci.

Allez lire les autres vases communicants de Février:

Claude Favre et Jean-Marc Undriener (vis à vis à préciser)


mn, mauvaises nouvelles | version intégrale

Voilà, les mn s’arrêtent là.

Merci à vous qui vous êtes arrêtés par ici, merci aussi à vous qui avez laissé commentaires, messages, encouragements, …

Merci.

 

 

 

mn (XXVI)

Je prends le revolver. J’applique l’extrémité du canon sous le menton. Je presse lentement la gâchette. Le coup retentit…

Fin

mn (XXV)

Soustraire mes désirs pour contempler délicieusement l’évidence. Être bel et bien présent, une seule fois. Sentir sa présence au monde, débarrassé des illusions de la vie. Abandonner les rêves. Ne plus rien percevoir, mais seulement et simplement voir. Parvenir à laisser s’éteindre cette expérience en silence. Se voir vivre s’apparente à cet étrange apprentissage continuel de l’au delà. Irréel et invisible. Cette quête inachevée m’efflanque. Je ne suis plus qu’une ombre de tonalités noires et blanches. Je n‘ose confronter mon visage et ma nudité au reflet de ce fumiste miroir. Je ne suis qu’un cliché dérobé, superposé sur une composition éternelle. Une image. Tout soupçon de substance se détache de moi. Malgré l’épuisement des forces et des sens, le rythme s’accélère. Les couleurs se fanent et les murs se rétractent. Rien ne paraît stable, mais tout se soutient naturellement. Une eurythmie improbable s’installe avec moi. Moi au centre, supportant péniblement les battements lourds de mon coeur. Lui aussi semble déplacé et disproportionné. Des traces grisâtres parcourent mon ombre. Mais rien ne bouge vraiment. Les contrastes sont forts, le noir domine le blanc qui éclate spontanément par endroits. Et ces superpositions qui se figent, les unes aux autres. Cette épouvantable absence de bruit. Seules subsistent les formes, presque inconnues. L’excitation et la nervosité sont au plus fort mais les mouvements se font avec difficulté. L’extrême envie de m’allonger sur ma paillasse m’oppresse. Je ne peux même pas imaginer le temps nécessaire afin d’y parvenir pour m’y affaler. Je m’obstine à  fixer mon regard quelque part. Trouver un repère. Un seul repère. Je ne peux plus rien changer à rien. C’est une évidence. Le contrôle s’amenuise jusqu’à disparaître. La volonté s’écoule lentement. Rien ne subsiste. Rien ne résiste. Le soulagement n’existe pas, même lorsqu’il n’y a pas de douleur. Les sensations sont trop volatiles, trop vaporeuses pour meurtrir la chair. La scène se dessine lentement et se fixe à jamais.

Je sais que c’est le moment, lorsque tout s’échappe.

à suivre… mn (XXVI)

mn (XXIV)

Sans lumière. Sans mouvement. J’attends le silence mais ne parviens à l’entendre. Le silence de l’âme. Le silence du monde. Son vacarme est si pesant, lancinant et indéfectible. Sa continuité chuintante est à l’image de son inconsistance. Juste rien, seulement un long borborygme, cuisant. Peut-être l’unique preuve de l’existence du néant. Le vide se doit de faire du bruit pour nous rappeler son existence, sa présence. Mon espérance est différente. Je dois parvenir à  atteindre le silence. Me confondre avec le mystère. Ne plus être ni émetteur ni récepteur. Entre les deux, là. Invisible à tout. Insensible. Éloigné de toute pensée et de tout lieu. Là où je suis, là où je vis, dans mon isolement, je n’en finis pas. Tout est agression au silence. Je me penche encore à la fenêtre. Il est encore temps. Et je m’interroge, naïvement: quelles musiques propagent les étoiles que j’observe? Et derrière les étoiles, y-a-t-il ces bourdonnements? De quelles couleurs se fardent-elles? Quelles effluves dégagent-elles? Existe-t-il, quelque part, un arc-en-ciel du silence? Je me balade, en vain, entre ici et là-bas. Les blessures me tiraillent, sans cesse. Elles ne savent pas se faire discrètes. Je n’ai pas faim. Je n’ai pas soif.
Rien ne se passe. Non! Rien ne se déroule véritablement comme on semble le vivre. Je ne vois, je n’entends, je ne sens qu’une infime partie de ce que je vis profondément. Je me dessèche, goutte après goutte. Il n’y a aucune forme de combat envisageable, seulement le flux. Et je m’implique sans volonté. Je n’en perçois pas la destinée. En suis-je le maître? Suis-je libre et souverain de ce que je suis? De ce que je deviens? Je sens de nouveau cette fureur intarissable m’envahir. Elle crispe tous les muscles de mon corps. Et les tremblements ne se font pas attendre. Ni les gouttes de sueur qui perlent sur mon front. Ni les mâchoires qui se resserrent à en faire éclater l’émail de mes dents. Les poings fermés. Le corps entre en tension extrême. La nuque se raidit. Les poils s’hérissent sur l’intégralité de ma peau meurtrie par cette présence au monde inexplicable.
Le désir animal de m’époumoner. Hurler comme une bête à l’agonie que l’on n’ose sacrifier. Que l’on ne peut achever sans douleur. Par indifférence. Par déférence. Par ignorance. Suis-je capable de décider? Je ne crois pas. Ai-je la capacité de changer les occurences? Je n’en ai pas l’impression.

à suivre… mn (XXV)

mn (XXIII)

Le monde ne change pas. Ni celui où je vis, ni celui où je songe. Ni celui où j’imagine que je vis, sans doute le même. Un seul et identique mouvement dans lequel je m’inscris. Ce n’est pas important de ne plus y croire, de ne pas y prendre place. Je n’ai pas de place. Ce n’est pas une question de mérite. C’est seulement un état. Le spectacle qui s’offre depuis ma fenêtre est grandiose, surtout lorsque je ferme les yeux et que je m’y penche. Je n’ai nullement besoin de hauteur pour éprouver le vertige. Je suis un point minuscule dans l’espace et je peine à y rester stable. Est-on si sûr de ce que l’on fait? De ce que l’on éprouve? Ne peut-on arrêter d’émettre des hypothèses? Cesser de faire du bruit, de s’agiter, pour que quelqu’un nous réfléchisse l’image de ce que l’on croit être. Ici, personne pour me dire ce que je dois être, ce que je peux être. Je dois me supporter ou m’oublier. Je ne sais pas que choisir d’ailleurs. Me supporter ou m’oublier? Ce n’est ni reposant, ni réjouissant. Seulement inutile, et légèrement plaisant. Pourquoi donc rechercher l’utile? Bien faire? Que se passe-t-il? Que cherche-t-on en s’exposant? Je vais gagner un souffle de plus, une seconde supplémentaire. Je vais croire que je suis. De quoi se compose cette seconde qui disparaît dès sa naissance? Identique à l’instant qui représente le cours de ma vie. De ta vie. Une nouvelle ombre qui apparaît puis s’estompe. Je suis mon propre tableau, personne ne le peint pour moi. Ni chef d’oeuvre, ni croûte. Seulement une superposition de couches de vies instantanées, qui sèchent les unes sur les autres, les unes après les autres. Certaines sont enfouies sous d’épaisses capes, d’autres réapparaissent au moindre effleurement. Je ne désire plus gratter pour découvrir ce qui n’apparaît plus mais qui existe encore. Je le laisse reposer, tel quel, dans sa sublime imperfection. L’angoisse me taraude toujours. La peur est là, apparente. Il ne me faut pas l’attiser. Elle tourne autour de moi, en circonvolutions inégales. Elle fait mine de lâcher prise et me donne l’illusion, parfois que je suis présent au monde. Vivant. Puis elle m’agresse, violemment. Elle n’a besoin de rien pour s’infiltrer insidieusement en moi et m’anéantir. Elle jouit de moi. Elle joue de moi. Et là encore, je comprends bien qu’elle est moi, et rien d’autre. Je ne peux pas avoir peur de moi. Je cherche seulement la lumière, mais il fait noir. La lumière me manque. La nuit prend ses aises sur le jour. Seul un point lumineux, une flamme virevoltante peut me réconforter. Une vie qui se dessine et illumine l’espace. Mais les jours s’effacent. Les mots disparaissent. Et la lumière s’atténue sans laisser de trace. Non. Le monde ne change pas. Utopie cosmique et universelle. Rien à expliquer, c’est ainsi. L’absurde et splendide luminescence de la vie sans contour.

à suivre… mn (XXIV)

#VasesCommunicants avec aedificavit | janvier 2011

« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Vases Communicants

Besoin de couleurs. Juste cela, comme une note tenue, une légère tension, de biais dans le réel, qui s’accroît au fur et à mesure que le jour se délave. Rien que cette impression, très vive, à elle seule serait capable de tenir tête à l’engourdissement que procurent le froid de l’hiver, les ténèbres contrariés du métro, soudain à l’arrêt dans la pénombre, et pour combien de temps ?. Juste cela, cette seule note suffit, qui s’impose, se déploie, prend de l’ampleur (en viendrait presque à serrer la gorge, au retour, quand la journée terminée reverse sur des berges sombres). Ce pourrrait n’être presque rien, qu’une respiration un peu plus vaste, presque un soupir, elle finirait bien par s’imposer, par soulever un peu la poitrine. Mais non, on dirait bien que ce n’est pas suffisant et qu’on ne sera pas quitte si facilement. Dans le regard, sous les paupières, comme une tâche de soleil, sous la vie qui palpite dans les paupières, puis comme une tâche d’encre, une tâche d’encre colorée, une autre ensuite, et encore une autre. Explosion rêvée de couleurs et d’irisation. Alors le réel, comme un buvard qui peu à peu se remplirait en miroir de tout ce qui a couru sous la plume, absorbe cette tension, et ne peut plus faire taire cette aspiration, et prend relief et vie palpitante. Se colore.

Élan soudain, même immobile, en direction de myriades de couleurs, éclaboussantes, étourdissantes, qui rejailliraient dans la lumière du soleil. Cela vient de très loin et prend de la vigueur. Fermer les yeux un moment y suffira mais n’y suffira pas longtemps. Fermer les yeux, retrouver, au fond de sa conscience, dans des profondeurs qu’on laisse insondées habituellement, pour quelques instants, les volets rouges de la maison, qui claquent dans le vent, que le vent claque contre la façade de pierre, et les minuscules attaches obstinées qui ne sont pas un rêve, qui ont couru toute l’enfance, et qui retienne les volets contre les caprices du vent.

Cela même n’y suffira pas. Les souvenirs colorés se convoquent un à un, certains incompréhensibles, des galaxie d’étoiles violettes qui viennent de si loin dans le passé qu’il n’y a rien d’autre que cela, détaché de tout contexte, ûre apparition sans fond sur lequel elles viendraient scintiller, rien d’autre, je ne sais pourquoi, que des amas d’étoiles violettes. D’autres qui sont là, dans la conscience, sans avoir pour source la perception, c’est bien là un mystère, nées de strates plus ondoyantes encore, et plus fuyantes. Lumière éclaboussant une ville aux murs blancs que je n’ai jamais vue, et la mer tout à l’entour (je ne la connais pas, n’y suis jamais allée, même si souvent j’ai vu des bâteaux y partir, des gens en revenir, pliés sous leurs bagages, et pourtant elle est là, en moi, comme une aspiration insatisfaite, comme une tension vers un ailleurs désormais impossible mais qui, partie de moi, mêle à mon moi réel des escarbilles révolues, des souvenirs qui cependant, en dépit même de leur étrangeté, sont les miens).

Alors il est clair qu’il faut partir. Retrouver la pureté du regard, de toutes les impressions, échapper aux strates, à la poussière, repousser les tout ce qui enserre, enclot, angoisse, de tout cela il devient impérieux de se défaire, c’est un réflexe de survie, quelque chose comme le coup de pied du noyé qui au fond, dans les profondeurs virides de la vase, et sans savoir si cela va lui suffire, trouve l’énergie encore de donner un coup de talon pour remonter à la surface, il ne voit plus la transparence de l’eau dans le soleil, il n’a aucune certitude de pouvoir la retrouver, il ne sait donc pas vraiment pourquoi il le fait, mais il donne un formidable coup de talon qui le propulse vers la surface, où il imagine encore que l’encre du crépuscule ne s’est pas répandue.

Il ne reste plus qu’à passer par dessus des nuées, dans le bleu du ciel, pour retrouver vie. Par la grâce de ces impressions.

Texte partagé dans le cadre des vases communicants par Isabelle Pariente-Butterlin que vous pourrez découvrir sur son blog Aedificavit . Merci Isabelle de m’accueillir chez vous ce mois-ci.

 

Liste des autres participants à ces premiers vases communicants de 2011:

Juliette Mezenc  http://juliette.mezenc.over-blog.com/ext/http://motmaquis.net/ et Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ce-qu-ils-disent
Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/ et Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/
François Bon http://www.tierslivre.net/ et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/
Martine Sonnet http://www.martinesonnet.fr/blogwp/ et Anne-Marie Emery http://pourlemeilleuretpourlelire.hautetfort.com/
Anne Savelli http://www.fenetresopenspace.blogspot.com/ et Urbain, trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/
Murièle Laborde-Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/ et Jean Prod’hom http://www.lesmarges.net/
Jérémie Szpirglas http://inacheve.net/ et Franck Queyraud http://flaneriequotidienne.wordpress.com/
Kouki Rossi http://koukistories.blogspot.com/ et Jean http://souriredureste.blogspot.com/
Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et Monsieuye Am Lepiq http://barbotages.blogspot.com/
Marie-Hélène Voyer http://metachroniques.blogspot.com/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/
Frédérique Martin http://www.frederiquemartin.fr/ et Francesco Pittauhttp://maplumesurlacommode.blogspot.com/
Jean-Yves Fick http://jeanyvesfick.wordpress.com/ et Gilles Bertin http://www.lignesdevie.com/
Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/ et Benoit Vincent http://www.erohee.net/ail
Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/ et Joachim Sénéhttp://www.joachimsene.fr/
Christine Leininger http://les-embrasses.blogspot.com/ et Jean-Marc Undriener http://entrenoir.blospot.com/
Samuel Dixneuf http://samueldixneuf.wordpress.com/ et Philippe Rahmy-Wolff http://kafkatransports.net/
Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Lambert Savigneux (ben oui) http://regardorion.wordpress.com/
Catherine Désormière http://desormiere.blog.lemonde.fr/ et Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/
Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/
et
sur twitter et en 9 twits chacune, Claude Favre @angkhistrophon et Maryse Hache @marysehache  (elles ont choisi de publier  les deux textes chez celle qui a un blog : Maryse Hachehttp://www.semenoir.typepad.fr/)

l’art et la révolte ne mourront qu’avec le dernier homme | camus

Partager avec vous l’une de mes voix préférées, celle d’Albert Camus [lectures (L’Homme révolté)]
Existe-t-il encore des hommes & des femmes révoltés? N’y a t-il plus aucun combat qui mérite la peine d’être écrit et lu à voix haute? Doit-on tout accepter sans mot dire? Le courage de s’élever contre est-il devenu si ridicule? Manque-t-il seulement des voix, fortes, puissantes et intelligentes? Le dernier homme n’est-il déjà plus de ce monde?

« Pour être une fois au monde, il faut à jamais ne plus être. »

Source: ici

2011 | ceux qui survivent, existent-ils?

« Ceux qui survivent, existent-il? »

Je souhaite commencer l’année 2011 avec cette première réflexion issue de la lecture de Invitations philosophiques à  la pensée du rien, Manifeste, éd. Léo Scheer, 2004 , Jean Paul Galibert.

Mes meilleurs voeux à tous, ceux qui existent, ceux qui survivent, à tous.

Invitations philosophiques à  la pensée du rien, Manifeste, éd. Léo Scheer, 2004 | Jean Paul Galibert

mn (XXII)

Oui.
Je devine enfin. Je ne peux comprendre que les évidences. Oui. Il est absurde de penser exister. Exister, l’utopie d’être visible pour les autres. Par comparaison. Futile. Déraisonnable. Inadmissible! Comme une pierre sur le chemin. Comme un nuage qui s’effrite. Vouloir que les autres vous voient. Vous reconnaissent. Pourquoi essayer vainement de se rassurer sur sa propre existence? Comprends-moi, cela n’a aucune importance. Simple. Tranchant. Être là, au milieu de tout. Peut-être à jamais. Peut-être seulement cette nuit. Ce tout ne ressemble à rien. Ce tout ne signifie rien. Je ne cherche plus à lui donner un sens. Il n’en a plus pour moi. Je le dessine par apprentissage. Succession de mots qui donnent « vie » à un état. Je tente de le visualiser avec mes couleurs. Mes couleurs sont-elles tes couleurs? À quoi bon? La conscience est-elle une? Est-elle multiple? Je suis là, étranger à moi-même. Étranger à vous. Étranger à toi. Néanmoins, je sais que là tu es moi. Vous êtes moi et vous à la fois. Le tout. C’est évident. Là tu souffres, tu ris, tu respires à mon rythme. Tu existes comme moi. Tu es moi, je suis toi. Nous sommes le sujet. Le même sujet. À l’instant. Maintenant. Et puis, ce n’est plus cela. Plus rien. Envolé disparu. Je n’arrive plus à discerner si je suis devant la montagne ou assis sur ma chaise, devant mon horloge. Mes repères disparaissent et s’estompent. Sans véritable angoisse. L’angoisse qui me rassure. L’angoisse qui me permet de m’apitoyer sur moi. L’angoisse qui me rend visible. Celle qui inquiète quand elle est visible. Portrait de l’âme. Je ne sens pas vraiment mes membres. Un tourbillon d’images, de mots, de sensation. Je veux que cela cesse, un instant seulement. Une pause. Mais je ne contrôle rien. Comme d’habitude. Aucun pouvoir sur rien. Je désire flotter au-dessus de moi. Ne pas m’habiter. Pas fuir, mais sentir. Percevoir sans exister. Je sens la pression, l’étreinte de tous ceux qui n’ont plus leur corps. Je ne suis pas seul.
Un grand éclat de rire. Un rire franc, profond me surprend. Mes yeux s’acclimatent à la lumière du néon. La pièce est la même. Identique. Exactement pareille. Mon regard s’attarde autour de moi, avec attention. Sans crainte. Seulement surpris. Personne. Je me lève. Je m’approche de la fenêtre ouverte. Il fait froid. Le ciel revêt son costume de nuit. De petits points blancs scintillent. Sans doute des étoiles. Une boule, plus grosse, posée là-haut, brille. La lune. Personne dehors, aucun bruit vivant. Seulement des sons. J’éclate de rire. Cette fois je sais que je suis celui qui éclate de rire. Et l’autre? L’autre rire? Sans doute le mien, le même. Je ne me force pas. Je suis seulement moi. Seul. Rire de moi. Et conscient d’être là même si je n’existe pas.

à suivre… mn (XXIII)

mn (XXI)

Le vent emporte mes rêves. Je ne parviens pas à les retenir. Ils filent et défilent puis le souffle les éloigne de moi. Seules quelques bribes de ces rêves subsistent en moi. J’essaie de les recomposer en les mélangeant, les uns aux autres. Je n’ai pas (plus) d’espoir précis. Je n’espère absolument rien de cette vie que je construis et subis. Mon constat est le même, que je sois triste ou joyeux. Je suis bien le seul et unique artisan de mes peines et de mes joies. Seul à les penser. Seul à leur donner vie. Seul à les croire. Seul à les créer. Seul à les vivre et à les percevoir. Puis, des attitudes qui se ploient et se déploient de ces pensées rêvées, naissent des images de moi que les autres perçoivent. Je ne peux plus rien y changer. Tu ne peux rien y changer. Cela ne dépend pas de nous.
Oui. Je le sens. Je ne le pense pas, je le sens. Le sentiment est réel, la pensée ne l’est pas. La tristesse pénètre les moindres recoins de ce corps et de cette âme. Je la sens couler dans mes veines. Je sens ce corps la distiller. Il se tend et se détend pour fabriquer cette essence de l’âme. Au calme. Les pensées noires m’assaillent et me torturent. Un sourire se forme péniblement sur mon visage. La fin est proche. On ne meurt jamais de la même façon. Je me souviens de ceux qui se préparent à mourir et qui retardent le moment du passage, à bout de force. De ceux qui, maintenant et ici, me suivent depuis l’autre berge, libres et légers comme cette feuille d’automne virevoltant dans le ciel lourd et gris. Mes pensées envers les premiers ou ces derniers sont les mêmes. Leur existence ou leur souvenir me sont identiques. Dans mes pensées et dans mes rêves. Le passage. Le saut. La chute. Le rebond. Voir la vie partir est rassurant. La leçon est claire. Rien n’a d’importance. Tout est illusion, une grande illusion collective entretenue par nos âmes inquiètes. Rien n’a d’importance, absolument aucune importance. C’est absurde. Il faut le comprendre. Là et à présent. Maintenant et tout de suite. L’absurdité est la plus belle preuve d’existence. Si l’absurde existe, la vie existe. Je souris encore. La fin est proche. C’est évident et absurde à la fois. Cela ne sert à rien, comme moi. Le souvenir de son visage émacié. La peau transparente, plus fine que mon papier à cigarette. Le souffle insaisissable, inaudible. Seuls quelques mouvements vifs des yeux, sous les paupières refermées. Je veux te garder dans mes bras. Je n’aime pas les départs. Voir le train quitter le quai. Lancer la main, courir derrière puis ralentir son pas parce que l’on ne rattrapera plus ce dernier wagon. Retrouver les souvenirs. Oui. Rêver. Rêver n’est pas plus absurde que de vivre. Rien n’a d’importance. Tu le sais, tu pars et tu le sais. Tu connais maintenant le secret. Rien n’a d’importance. Je n’ai aucune importance. Merci de me le rappeler. Le passage du sommeil à l’éveil, de l’éveil au sommeil. De la vie à la mort, de la mort à la vie. Il est absurde de penser exister.

[à ma grand-mère qui s’évapore…]

à suivre… mn (XXII)

mn | de I à XX

SDF | révolté

© louise imagine – Jérôme

Sans Dieu Fictif, Suicide Devant la Foule, Sans Destin Futur, Sans Destinée Fixe, Sans Foi ni Dieu,  Séquelle De Folie, Sourire De Fou, Sommeil Du Froid,…

© louise imagine – Jérôme

… recroquevillé sur le trottoir, en plein jour. Ici, maintenant sur cette terre qui est aussi la tienne, dans ce monde que tu malmènes, je ne peux empêcher ces 3 maudites lettres S, D, F, mon nouveau nom de scène, de se composer et se décomposer.

Oui, ici, à l’instant présent je peux encore penser, croiser tes regards qui n’osent s’accrocher à ma crasse. J’ai tout le temps d’étudier ma mort venir: le froid, un mauvais coup, la faim, mon cher et tendre abandon. Tu me tues de ton indifférence. Ne joue pas au révolté, tu peux rire plutôt. Je serais plus heureux de te voir rire. Tu m’as croisé, tu as senti ma présence. Je t’ai fait peur. Avoue-le. Tu te révoltes devant ton poste de télévision, devant tes enfants, devant ta femme. Mais demain, tu repasseras devant moi, rapidement,  la buée à la bouche, sans rien dire, me gommant de ton espace visuel, instinctivement, serrant plus fort la main de tes enfants, les entraînant au pas de course devant moi parce que tu as tant de choses si importantes à faire. Oh oui! Si importantes. Ils sont beaux tes enfants, ils sentent bons. Prie pour eux, pour qu’ils ne deviennent pas le non-devenu que je suis devenu. Je ne suis ni un rêve, ni une illusion. J’ai le même nom de code et le même visage que mon voisin de trottoir. Notre désespoir nous réchauffe un peu. Toi aussi tu es désespéré mais tu es un ADF. Un Avec Domicile Fixe. Ceux que l’on aime, parce qu’ils savent mourir en grande pompe, à l’abri du froid, parfois même dans la chaleur familiale.

Mes doigts sont gelés, ma pelure trouée, ma patte blessée, je saigne… le souffle vicié par le mélange des gaz d’échappements que l’on me crache à la gueule. Non tu ne me tueras pas ni ne me ramasseras. Je suis seul, certes, mais rempli de ton visage, parce que moi je te vois. Tu ne veux pas de moi, mais mon combat maintenant est entre moi et Lui. Abandonné. De vivre, je me tue. Et si je meurs de froid, je serai encore là, l’an prochain, pour toi. Mon nom est SDF. Pour te rappeler que tu n’as encore rien fait et que tu ne feras toujours rien. Jusqu’à ton dernier jour, ou égal à moi-même devant Lui, tu me retrouveras en pleurs, vide de ta vie sans scrupules.

En silence. Surtout, oublie-moi.

Les flocons me recouvrent.

C’est beau.

C’est froid.

Bien à toi.

© louise imagine – Alex

Merci Louise de m’avoir prêté tes photos. Ici, c’est chez louiseimagine.

J’aimerais aussi partager ce texte u sur n’importe quel blog. Servez-vous, il ne m’appartient pas. Je ne suis pas mieux que vous, seulement révolté.

pessoa | autres vers

« Vis sans heures. Tout ce qui se mesure lèse,

Or tout ce que tu penses mesure.

Dans une certaine cohésion fluide, tel le fleuve

Dont les vagues sont lui-même,

Ainsi sois tes propres jours, et si tu te vois

Comme un autre passer, tais-toi. »

puis, celui-ci:

« Nos certitudes? Ce jour est le jour,

Cette heure l’heure, ce moment le moment, cela

Ce que nous sommes, voilà tout.

S’écoule perenne cette heure interminable

Qui confesse notre néant. »

et enfin, celui-là:

« Certains, les yeux tournés vers le passé,

Voient ce qu’ils ne voient pas: d’autres,

Ces mêmes yeux fixés vers le futur, voient

Ce qui ne peut se voir.

Pourquoi aller mettre si loin ce qui est proche –

Le jour réel que nous voyons? Du même souffle

Dont nous vivons, nous mourrons. Cueille

Le jour, parce que tu es le jour. »

Poèmes extraits de Poèmes Païens