En proie à cette violente colère envers moi-même, je dois naviguer vers l’épicentre de ma tempête. Cet endroit reculé où tout a commencé, au fin fond de mes émotions. Parvenir à cette geôle où je me suis claquemuré, il y a déjà si longtemps.
Peu importe si le voyage est sans fin, je ne peux que poursuivre cette entreprise. Atteindre cette paix intérieure est vital.
Très en colère envers moi-même.
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Mon ombre sombre dans la pénombre de mes décombres.
Mes songes s’entremêlent à mes souvenirs, mais je reste posé là. Fixé à jamais sur ce socle sans fond. Immobile, je n’ai plus rien à exprimer ni espérer. Le Maître a fini son ouvrage. Il n’a plus rien à y ajouter, plus rien à y soustraire. Et, cependant, il devine qu’il y a déposé un fragment de son âme, pas toute son âme, il la réserve à d’autres rêves, d’autres oeuvres. Pendant ma genèse, ma naissance à la lumière, j’étais vivant. Je sentais l’amour de son regard sur moi, comme le regard attendri d’une mère sur son enfant. Mais tu devais survivre.
J’ai été posé là, vendu, acheté, oublié, revendu, sorti de l’ombre et des décombres pour être exposé là.
Au milieu de rien.
Au milieu de tout.
Loin de toi.
Mes traits se sont tirés.
Figés à jamais.
Depuis le jour où j’ai été abandonné dans ton atelier. Déposé parmi tes images créées par tes mains et ton regard profond.
Dans ton atelier.
Ton atelier où je suis né.
L’atelier où tu m’as façonné à ta pensée.
L’atelier où je t’ai fasciné, où je t’ai obsédé.
Retiré, éloigné, arraché d’ici. Je ne pouvais ni crier, ni t’appeler. Tu devais créer. Tu vivais une idée, née de tes pensées.
Je me suis figé.
Et je t’ai regardé.
Mon ombre sombre dans la pénombre.
photo (xf): Rodin | Museo Soumaya ~ México
note
Dans nos absences,
Dans nos silences,
Sans différences,
L’appel des sens,
Seule la présence,
De notre essence,
Éminence,
Quintessence.
Fuir nos absences,
Nos références,
En silence.
Une seule et unique conscience.
Une seule et unique évidence.
Dans les silences
de nos absences.
Enfance,
Puis descendance.
Les mêmes silences,
Les mêmes absences.
Évidence,
Puis dépendance.
Une occurrence.
Fausse apparence,
Fausses circonstances.
Nos ignorances,
Nos errances,
Et nos absences,
Tancent
Nos silences.
Et dansent
Nos absences.
Une violence,
Désespérance.
Les mêmes silences,
Les mêmes absences.
Une même souffrance,
Une évidence.
Mais le silence,
N’est pas absence.
Une évidence,
Pas une croyance.
Dans nos absences,
Dans nos silences,
Future naissance,
Nos espérances.
Une évidence…
Même le silence,
N’est pas absence.
Note
Je ne suis ni ce que je pense que je suis ni ce que j’aimerais que je sois ni ce que j’ai cru que j’étais. Je ne suis que la bribe d’un être éphémère sans fond, posé là, à la forme grise et vieillissante.
Nous ne voyons pas tous les mêmes choses?
Nous ne sentons pas tous les mêmes choses?
Nous n’entendons pas tous les mêmes choses?
Nous ne percevons pas tous les mêmes choses?
Mais la réalité du monde est-elle véritablement différente pour chacun d’entre nous?
La vie de chacun certes est différente mais la réalité qui nous entoure, l’est-elle vraiment?
Aucune réponse à l’instant présent. Seulement une interrogation.
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À l’heure du déjeuner, lire, presque par hasard, ce passage:
« (…) les phénomènes existent sur un mode essentiellement interdépendant et n’ont pas d’existence autonome et permanente. La réalité ultime est donc ce que l’on appelle la vacuité d’existence propre des phénomènes animés et inanimés. Tout est relation, rien n’existe en soi et par soi. (…) La « vacuité » de quelque chose, ce n’est pas l’inexistence de cette chose mais sa nature véritable. » (*)
puis, le partager ici, parce qu’ici ce n’est pas complètement perdu, ni ailleurs. Le partager parce que l’on a la sensation que rien ne tient debout, parce que le chemin s’estompe au fur et à mesure que l’on avance, parce que les mots ne parviennent plus à s’étirer jusqu’à l’infini, parce qu’être vide est peut-être la vraie nature de ce que l’on est, parce que l’on tente désespérement de comprendre et d’analyser les perceptions qui troublent, parce que l’on n’a pas conscience que l’on peut, ou pas, changer la course folle de la vie, parce que ce que l’on dit n’a plus aucune importance, parce que les phrases se juxtaposent puis se jettent dans un précipice sans fond, fugaces, comme un éclair qui déchire le ciel noir et grondant qui surplombe, parce que le silence et le retrait sont peut-être moins violents, parce qu’une présence attentiste mais indéféctible est peut-être plus paisible et plus rassurante, parce que parfois, il est préférable de ne rien susurrer. Innefable vacuité.
Tout est relation, rien n’existe en soi et par soi. (*)
(*) Matthieu Ricard | L’art de la Méditation
autrui
(Un grand merci à Claudine Mangen-Sales , peintre)
Qui est autrui?
La question m’est apparue comme une évidence. Un postulat dont je ne pouvais pas douter. L’important n’est donc pas de parvenir à savoir qui suis-je mais bien de découvrir qui est l’autre? Qui est autrui? Cet être étrange qui n’est pas moi. Sans l’autre l’un n’est rien puisqu’il ne voit que lui. Voir n’est pas le mot, sentir est plus approprié. Nous distinguons ses formes, mais elles n’ont aucune importance. Voir l’autre c’est être aussi l’autre, accepter l’autre comme partie indissociable de soi. Il n’existe alors plus de différence entre autrui & autrui. Le mystère réside uniquement dans la vision réaliste de l’autre, non comme une définition, une image, une représentation. Extraire les barrières physiques et illusoires de l’autre comme un élément extérieur à soi. Ne pas chercher les différences mais se confondre dans les similitudes, quasi cosmiques, et se laisser porter dans ce souffle de poussières d’étoiles.
Ne pas reconnaître autrui est se perdre inexorablement soi-même. S’enchevêtrer dans un ego qui dessine un enclos rassurant qui terrifie. On peut alors comprendre que la peur de l’autre n’est qu’un leurre, une fuite de soi.
note
Je ne cesse de me poser des questions. Trop de questions. Beaucoup trop de questions. J’ai besoin de signes. De petits signes qui me permettent d’avancer.
Mes questions m’éloignent des autres, m’éloignent de moi. De la vie et de l’instant.
Besoin d’un panneau bleu, qui me dise, qui te dise, qui vous dise… Zone sans danger, tu peux avancer.
Tu es prioritaire. Mais prends garde à bien regarder à gauche puis à droite.
Ne reste pas bloqué là à me regarder fixement. Ne doute pas, avance.
C’est dessiné à dessein.
File sur le fil.
Peut-être tomberas-tu? Ne t’inquiète pas.
Je ne sais plus lire!
Aveuglé par les larmes du vent.
Je veux juste attendre un peu avant de traverser.
Peur d’être renversé.
Prémonition.
Et où serai-je quand j’aurais avancé?
Ailleurs ou un pas plus loin seulement.
Je ne sais pas.
Je ne cesse de me poser des questions. Trop de questions. Beaucoup trop de questions.
Je n’arrive pas à trouver les journées belles.
Dessinez-moi un panneau qui me guide.
Seul, je ne sais pas avancer.














