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« Et tout ce que je sais de l’univers c’est qu’il est extérieur à moi »…

Extrait des Poèmes Païens, Fernando Pessoa.

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Il y a ces jours où la nuit ne s’évapore pas. Vous ouvrez les yeux, à la recherche du ciel bleu. Le ciel où nous nous déposons un peu plus, chaque jour. Ce ciel où nous nous retrouvons, par delà les frontières, les distances, le temps. Elles n’existent pas, pas plus que nous je crois. Ce n’est pas le but à atteindre. On met du temps à le percevoir, on ne le comprend sans doute jamais. Personne n’est mieux qu’une autre personne. Nous cherchons seulement des pistes. Nous accrocher à des regards. Entrer dans l’autre par le regard. Sentir ce moment, frêle et incertain où nous nous voyons. Nous ne nous regardons pas. Nous nous voyons, l’un et l’autre. Ce seul petit instant peut nous faire comprendre, soudain que l’on n’est plus un objet animé. Voir l’autre, dans ses yeux et se sentir vivre à nouveau.
Seule l’écriture nous offre aussi ce possible. L’écriture est un regard. Le regard est écriture de soi en toi. Un regard puissant aux fortes couleurs de soi.
Être là.
Ensemble.

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Nombreux sont ceux qui vivent en nous ;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent.
Fernando Pessoa

Je suis seulement le lieu où l’on pense, où l’on ressent.

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Déconstruire l’ordre des mots. Les insuffler dans les cieux pour qu’ils en chutent librement et qu’ils s’inscrivent sur cette terre, dispersés par les traces de pas qui s’éloignent mais qui ne s’effaceront pas. Ils sont gravés là, comme ces images et ces odeurs capturées. Agrandir l’espace de pensée que nous nous étions octroyés et n’avoir plus peur de rien. Ne craindre personne. Ne plus redouter le vide. Celui qui est partout. Autour de nous. Adopter le vide qui nous entoure et sentir la vibration de son absence. Nous sommes là, présents les uns aux autres et nous ne nous voyons plus. Seulement sentir la présence. Le reste n’importe pas. Que vous soyez là et que vous n’y soyez pas. Les distances sont temporelles et le temps n’a pas le temps d’exister. Il aurait déjà disparu s’il avait déclenché sa course, même un instant. Être là. Ou peut-être ne pas y être.

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Une note pour l’excellent livre de Joël de Rosnay. Nous devrions tous le lire et le commenter à nos enfants.

« Créer sa vie de manière originale et comme une œuvre d’art est l’acte le plus important que l’on puisse réaliser au cours de son existence »

Joël de RosnaySurfer la vieéditions Les Liens qui Libèrent

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« Ce qui s’arrête avec la mort, ce n’est pas une vie, mais la présence de cette vie. L’être qui était vivant et qui ne l’est plus manque au monde : le monde le comprend et il n’est pas dans le monde. Ce qui meurt arrête d’être présent. »

Tristan Garcia – Forme et objet, un traité des choses – Presses Universitaires de France

La perception du manque et la perception de l’absence sont donc très proches de la perception de la mort.
Être là

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Est-ce toujours ainsi? Pour toute chose?

« Au moindre écart, le contact s’interrompt. »

Pierre Bergounioux – Haute Tension, Editions William Blake and Co.

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Je n’ai pas compris grand chose à cette semaine. Mais je sens qu’il s’est passé quelque chose. Cela n’intéresse personne, je le sais aussi. Mais ceci, ce petit endroit, de mots, croquis et photos, compte beaucoup pour moi. Une cour de récréation, une petite cabane, perchée en haut d’un arbre.
Mais la question maintenant est, doit-il rester espace public ou doit-il être un intime? Comme les petits carnets perdus que je commençais enfant. Ils ont disparu, je ne les ai plus. On me les a dérobé peut-être. Les ai-je jeté? Je ne sais plus. La question n’est pas ici, j’en ai peur.
Si je laisse, cet espace ouvert, si je laisse filer, ici ou ailleurs, ces phrases qui m’échappent, est-ce par vanité d’être lu? Ou seulement parce que j’ai envie de les écrire, parce que l’exercice me plaît. J’ai bien peur d’écrire seulement pour être lu, de me tromper moi-même et de tromper ceux qui me lisent. L’envie de croire que, peut-être, mon écriture puisse plaire est une pure vanité détestable, et j’en suis sans doute capable. Je n’ai pas su gérer, comme à l’habitude, entre la confession et le véritable travail d’écriture, réservé aux écrivains, à ceux qui peinent, travaillent dur pour nous amener sur leur terrain.
Je dois naturellement être mal fichu (encore une fois tout le monde sans fiche), mais personne ne doit se sentir obligé de poursuivre sa lecture. Je n’en ferai ni publicité, ni écho. Je ne le souhaite plus. Je crois que j’en ai eu envie, ou besoin, pour me faire croire que peut-être, oui, peut-être, j’avais l’étoffe d’un écrivaillon.
J’ai envie de poursuivre l’expérience d’écriture ici. Parce que les rencontres y sont merveilleuses. Mais ne devrais-je y écrire qu’une fiction? Perdre l’habitude de mes fictions confessions? Je ne sais pas. Paumé comme à l’habitude. Mais, ne vous inquiétez pas, je ne demande ni votre avis, ni votre consentement. J’écris, seulement, avec ce style qui n’en est pas un. Je sais seulement un chose, j’aime être ici aussi, ce n’est peut-être pas tout à fait moi, mais qui est tout à fait lui?
Peut-être que mon «écriture numérique» est une écriture un peu, légèrement, égocentrique. Je parle pour moi parce que je crois que c’est malheureusement ma réalité.
Peut-être, et même sans doute, devrais-je prendre le chemin des véritables écrivains: travailler mes textes, sur mon cahier ou mon ordinateur, puis attendre le jugement dernier, celui de l’éditeur, celui qui sait juger. Celui qui voit…
Doit-on fermer un blog?
Doit-on annihiler la part d’égocentrisme qui réside en soi?
Je ne sais pas, comme d’habitude, me direz-vous…
Alors je me satisfais de mes conclusions enfantines…
Être là.

PS: je suis fâché contre moi, contre moi seul.

ce qu’on sait de quelqu’un…

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«Ce qu’on sait de quelqu’un empêche de le connaître.» Christian Bobin | le Très-Bas

Quelle pourrait être la question qui se cache derrière cette affirmation?
Est-ce que ce que je sais de toi m’empêche de te connaître? Est-ce que ce que tu sais de moi t’empêche de me connaître? Est-ce que ce que nous savons de nous nous empêche de nous connaître?
Comme souvent, trop souvent, je m’aventurerais à dire que je ne sais pas. Ce «je ne sais pas» qui est révoltant pour toi, il l’est aussi pour moi. Cette ignorance, ce manque d’analyse, de courage. Un homme doit savoir ce qu’il veut, même s’il se trompe. C’est écrit. Est-ce que ce que tu sais de moi t’empêche de me connaître ou est-ce que ce que tu sais de moi te suffit à me connaître?
J’ai l’intuition que l’on pourrait détourner cette affirmation ainsi: ce que l’on croit savoir de quelqu’un empêche de le connaître.
Je ne sais toujours rien de moi et cela, cela seulement, semble m’empêcher de me connaître. Et si je ne sais rien de moi, comment pourrais-je vraiment savoir quelque chose de toi? Mais ne pas savoir ou croire savoir ne doit pas nous empêcher de nous connaître, ni t’empêcher de me connaître, ni m’empêcher de te connaître.
C’est malheureusement trop confus pour moi, je le sais, et toi aussi tu le sais. Nous nous connaissons.
Cependant, cette phrase résonne en moi, à chaque fois que je la lis, à chaque fois qu’elle me revient à la mémoire, subrepticement. Elle pénètre en moi, sans rien forcer de ma carapace. Elle se glisse subtilement dans mes pensées et y repose calmement, naturellement. Si elle m’est si naturelle alors peut-être est-elle seulement juste. Elle ne nécessite ni recherche, ni explication complémentaire. Elle est. Seulement ainsi, par elle-même. Juste et non équivoque. Belle dans sa simplicité et sa réalité. Nécessaire et suffisante, comme un amour véritable. Comme une correspondance, une correspondance sans question, ni réponse. Se correspondre sans mot parce qu’ils ne servent plus à rien, parce qu’ils n’habillent et n’abritent plus rien. Parce que l’on a plus besoin d’artifice. Parce que l’on peut se correspondre en silence.
Elle est, je suis, tu es, nous sommes.
Est-ce bien réel?
Être là.

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je suis vide de sens et tente, en vain, de le comprendre et de l’accepter.
Rien à décorer.
Rien à magnifier.
Comme un objet, dans sa dimension, son espace et son temps.
Dans un monde qui parfois est le même que le vôtre et parfois ne l’est pas, ou ne l’est plus.
Être là. Rien de plus.
Ne pas être là. Rien de moins.
Le monde des mondes est à découvrir et à parcourir.
Comme un objet perdu. Sans propriétaire.
Être là.

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Les mots se dissimulent parfois et vous laissent seul avec le souvenir de ce regard caressant qui vous a peut-être déjà oublié.